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T comme Terrasses

AGNÈS DELCOURT
T comme Terrasses

© Laetitia Duarte

Salons et congrès annulés, mariages reportés ou célébrés en comité restreint… au temps du coronavirus, les traiteurs, très dépendants de l’événementiel privé et professionnel, ne sont plus à la fête. « L’année 2020 se résumera à une gestion de crise, et le chiffre d’affaires peut être considéré comme définitivement perdu », alerte le collectif de traiteurs événementiels du Grand ouest dans une pétition adressée au gouvernement le 28 octobre, jour de l’annonce du reconfinement national, afin de réclamer un soutien spécifique pour la profession. Pour les traiteurs de boutique, considérés comme des « commerces essentiels », le tableau est un peu moins sombre. « Ceux qui avaient des boutiques assurant entre 60 et 70 % du chiffre d’affaires s’en sont assez bien sortis et ont pu maintenir une majorité de leurs salariés, contrairement à ceux qui ne font que de l’événementiel », nuance ainsi Joël Mauvigney, Président de la Confédération nationale des charcutiers-traiteurs et traiteurs (CNCT). Reste que sur l’ensemble de la confédération, qui rassemble 6 500 membres, dont 90 % possèdent une boutique, le chiffre d’affaires a chuté de plus de 30 % cette année.

 

Annulations en série

Chez Traiteurs de France, association représentant 37 traiteurs organisateurs de réception haut de gamme, la baisse est naturellement plus drastique. L’organisation prévoit plus de 126 millions de pertes de chiffre d’affaires cumulées à fin décembre 2020, soit une baisse de 77 % par rapport aux résultats réalisés fin 2019. « Nous aurions pu reprendre les événements fin juin, mais ils avaient été annulés en amont », explique la bretonne Claire Pennarun, aux commandes de la maison Pennarun depuis dix ans et vice-présidente des Traiteurs de France. Puis les signaux alarmants et les restrictions se sont multipliés depuis les premiers couvre-feux instaurés fin août dans les bouches-du-rhône pour les bars et les restaurants, jusqu’à l’annonce du reconfinement fin octobre. « Nous avons très peu de visibilité sur l’année à venir : tous les événements du dernier trimestre 2020 sont annulés, nous avons des annulations pour début 2021 et très peu de demandes de devis pour le premier semestre », regrette Claire Pennarun.

 

La profession se réinvente

Un constat d’autant plus amer que les traiteurs ont redoublé d’efforts ces derniers mois pour répondre aux exigences sanitaires tout en maintenant un flux d’activité. « Nous avons vraiment fait respecter chez nos clients toutes les mesures au fur et à mesure que le gouvernement les dévoilait, comme l’interdiction des cocktails ou les limitations successives du nombre de convives », détaille Claire Pennarun, assurant qu’aucun des événements organisés par les traiteurs de l’association n’est devenu l’un des tant redoutés clusters.

Mais les traiteurs ne se sont pas contentés d’être de bons élèves. Plusieurs se sont aussi réinventés afin de compenser les pertes liées à l’arrêt de l’événementiel. « Le charcutier-traiteur a rebondi en mettant en place du click & collect, des livraisons », donne comme exemple le président de la CNCT, Joël Mauvigney. Certains sont allés chercher de nouveaux marchés, comme Régis Arents, traiteur dans le Doubs. Afin de sauver son activité, réduite de 70 %, il a investi 5 000 € dans un food truck qui lui permet de toucher une clientèle plus large. De son côté, Claire Pennarun a lancé un site marchand et compte proposer une gamme de menus de fêtes de fin d’année pour les particuliers. « Ce n’est pas avec ça que nous allons gagner de la rentabilité, mais ça nous permet d’être là pour nos clients fidèles et de se faire connaître auprès de nouveaux clients », plaide la cheffe d’entreprise, qui compte 21 salariés en CDI, tous placés au chômage partiel, à l’exception de la comptable.

Si aujourd’hui, aucun adhérent des traiteurs de France n’a mis la clé sous la porte, l’association, en contact régulier avec le ministère des PME, espère un plan de soutien. « Sans cela, il y aura de la casse en termes d’emplois », assure Claire Pennarun. Même son de cloche à la CNCT, où l’on déplore déjà des licenciements économiques malgré les aides mises en place par l’Etat telles que le recours au chômage partiel, les reports de charges, l’accès au PGE (Prêt garanti par l’Etat) et au fonds de solidarité. « Le souffle serait une exonération de charges pendant quatre à cinq mois », plaide Joël Mauvigney, qui dit « harceler » son ministre de tutelle, Alain Griset. Un soutien capital à l’heure où le président de la confédération estime que l’activité de traiteur pure ne reprendra pas avant juin 2021.

Dans ce chaos, « les assureurs sont aux abonnés absents », selon plusieurs traiteurs. En septembre, quelques membres des Traiteurs de France ont d’ailleurs suivi l’exemple d’autres professionnels de la restauration en engageant des poursuites judiciaires contre Axa. En effet, si l’immense majorité des contrats ne couvraient pas les pertes d’exploitation en cas de pandémie, le flou persiste pour certains d’entre eux, ouvrant des brèches. « Notre priorité est de sauver notre savoir-faire, la phase d’après nécessitera de revoir les contrats d’assurance, les conditions de vente et d’annulation des réceptions », souligne Claire Pennarun. Alors que le Collectif des traiteurs événementiels du Grand Ouest n’envisage pas « un retour à la normale avant plusieurs années », la bretonne reste optimiste : « Notre métier n’est pas mort, les gens ont la volonté de pouvoir se réunir à nouveau ! Il redémarrera, mais la question c’est “quand ?”. D’ici là, nous avons besoin d’une aide pour passer cette crise. »

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