Interview

Pour Anton Soulier, fondateur de Taster, « La moitié de nos clients nous découvrent via les réseaux sociaux »

YANNICK NODIN

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Pour Anton Soulier, fondateur de Taster, « La moitié de nos clients nous découvrent via les réseaux sociaux »

© RORY LINDSAY

Sur un canal de la livraison qui s’est singulièrement épaissi depuis la crise sanitaire, Taster accélère sur la licence de marque. Déployant ses marques virtuelles dans quelque 70 établissements franchisés en France, le spécialiste full-digital, fort d’un financement de 37 millions de dollars levés en avril dernier, en vise 230 supplémentaires d’ici fin 2022. Le point avec Anton Soulier, fondateur de Taster.  

 

 

Près d’un an après sa levée de fonds, où en est Taster ?

Nous déployons nos marques digitales dans 120 établissements, dont 70 en France. Il y a un bel accueil à notre modèle, avec une forte dynamique d’acquisition, et l'ouverture d'un restaurant Taster tous les 3 jours en moyenne actuellement. Cela vient souligner la pertinence de marques, d’opérations, d’outils de gestion et d’analyse de la data qui ont été pensés dès le départ pour le delivery. Nous avons travaillé ce modèle d’abord en propre, dès 2017, en ouvrant 9 cuisines à Paris, Londres et Madrid, qui nous ont permis de fixer les process et les outils de gestion de la commande pour nos marques Outfry, Mission Saïgon et A Burgers. Ce n’est qu’alors que nous avons ouvert ce modèle à la franchise, signant notre premier contrat de licence de marque en janvier 2020. C’est une étape-clé pour accélérer notre développement, qui est portée à la fois par un trend vers le delivery, et par des habitudes issues de la crise sanitaire.

Quid justement de ces habitudes depuis la réouverture des salles, sont-elles toujours aussi favorables à la livraison et au modèle Taster ?

L’activité de nos marques a décéléré logiquement lors de la réouverture des restaurants en mai dernier, nous ne attendions pas à autre chose, mais dès septembre, nous avons pu observer un beau retour de dynamique. Le delivery est en train de se faire une place dans des habitudes de consommation qui ne plus seulement célébrationnelles, ou festives, mais plus quotidiennes : 60% des Anglais se font livrer au moins une fois par semaine, 40% des Chinois commandent au moins 3 fois par semaine sur une plateforme. Le marché français est moins avancé dans ces habitudes de restauration chez-soi, mais les ménages y consacrent une part importante de leur budget dans les dépenses alimentaires, ce qui est un signal favorable. Dans ce mouvement, notre modèle dispose d’atouts indéniables, d’autant que, de plus en plus souvent, il est déployé dans des points de vente hybrides.

C’est-à-dire ?

Parmi les franchisés Taster, qui en moyenne opèrent deux de nos marques, et les demandes qui nous adressées, il y a de plus en plus d’investisseurs disposant d’emplacements avec des loyers intéressants, et souvent irrigués par des flux, où les marques sont opérées sur les plateformes, mais aussi en click&collect, 20% du chiffre d’affaires étant en moyenne généré via ce canal. C’est un complément d’activité intéressant, sur un modèle que nous avons pensé pour que tout le monde s’y retrouve. Nous avons fixé un droit d’entrée très raisonnable, à 2500, à notre contrat de licence de marque, sachant que le Capex mobilisé pour déployer nos marques gravite entre 5 et 50 000 euros maximum. Ce que l’on constate derrière, ce sont entre 10 et 20 000 euros générés par semaine en moyenne via nos marques, avec une attention très forte de notre part aux niveaux de loyers des emplacements, qui sont décisifs pour atteindre rapidement le point d’équilibre. De ce point de vue, le modèle Taster est sensiblement différent de celui de cloud kitchen proposant à leurs preneurs d’espace des loyers pesant lourdement, parfois trop, sur les comptes d’exploitation. Nous nous rétribuons essentiellement sur les recettes générées sur nos marques : 30% des ventes, qui incluent les commissions plateformes et frais de livraison, la gestion de commande en ligne, les dépenses marketing pour créer les marques et les faire émerger dans les rankings des plateformes, mais aussi sur les réseaux sociaux.

Quelles spécificités justement dans la construction de ces marques full-digital, ou quasi ?

Les enjeux sont assez différents de ceux d’une marque « physique », qui met l’emplacement et l’expérience-client dans le point de vente au centre de ses attentions. Créer et travailler une marque digitale se rapproche beaucoup plus des codes du e-commerce et de la mode, où il est intéressant de travailler avec des personnalités à la fois reconnues sur leur métier, et ayant des audiences fortes. C’est le gage de lancements réussis, nous avons pu le constater avec Pepe Chicken, marque co-créée avec Charles Gilles-Compagnon, le fondateur de Fast Good Cuisine, qui s’est énormément impliqué, et s’implique énormément, dans la création de l’offre et des recettes. Le premier bénéfice, c’est une recherche d’innovations et de goûts qui est très intéressante, le second, c’est un ancrage immédiat de la marque en ligne. La moitié de nos clients nous découvrent via les réseaux sociaux et non par les plateformes. Ce n’est pas neutre, et c’est un angle que nous travaillons : nous allons lancer ces prochaines semaines une nouvelle marque co-créée avec un créateur anglais, une autre aussi, sur le second semestre 2022, elle aussi en collaboration avec un créateur. Cette visibilité vient compléter le travail sur nos opérations, nos temps de service, la qualité de nos produits, pour émerger et s’imposer sur les plateformes. Outfry, notre marque dédiée au poulet frit, tient ainsi sur les plateformes la seconde part de marché sur le segment en France, derrière KFC.  

La période est marquée par une tension sur les matières premières, avec quel impact sur le modèle Taster ?

En accélérant notre développement, nous avons aussi visé une massification des approvisionnements et des économies d’échelle. Nous avons aujourd’hui atteint des volumes qui via notre centrale d’achat nous permettent de travailler avec des fournisseurs à façon, à qui nous apportons des perspectives intéressantes, pour aujourd’hui comme pour demain. Cela nous permet à la fois de lisser les hausses de prix, de commencer à contractualiser et sécuriser nos approvisionnements sur certaines catégories de produits, à l’instar des protéïnes sur lesquelles nous restons à 100% en origine France. C’est un signal important sur la qualité de notre offre, pour nos clients, comme pour nos franchisés actuels et à venir. La dynamique actuelle sur Taster va nous aider à nous assurer de cette disponibilité des produits auprès de nos fournisseurs : d’ici la fin de l’année, nous aurons 300 établissements en France, et 500 en Europe. Propos recueillis fin mars par Yannick Nodin

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