« Nos pistes pour remédier à la pénurie de main-d'oeuvre »

Propos recueillis par François Robert

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Les chiffres du fafih en 2007

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Michel Geiser a remis cet été un rapport sur "La pénurie de main-d'oeuvre dans l'hôtellerie-restauration" à Hervé Novelli, secrétaire d'État chargé du Tourisme. Il détaille pour Néo les pistes susceptibles d'y remédier, et explique pourquoi le Fafih doit devenir le référent en matière de formation.


néo Le secteur peine à recruter alors que les demandeurs d'emploi sont trois fois plus nombreux que les offres. Face à ce paradoxe, vous préconisez de revoir les fichiers de l'ANPE. Pourquoi ?
Michel Geiser - Il y a quelques années, j'étais responsable d'un organisme de formation dans les Alpes-Maritimes. Déjà, les professionnels de l'hôtellerie restauration s'étonnaient, en pleine saison, de trouver dans les fichiers ANPE beaucoup de demandeurs d'emploi, alors que de nombreuses demandes restaient non fournies. Nous avons alors participé à un travail de toilettage des fichiers. Les résultats ont été très satisfaisants. Le taux de demandeurs d'emploi, de 50% dans ce secteur, est tombé à 11 ou 12%. En réalité, nombre de demandeurs ne correspondaient pas aux profils recherchés par l'hôtellerie-restauration. Aussi, un travail qualitatif sur les fichiers est un préalable nécessaire à toute démarche de fond en faveur de l'emploi !

néo Vous conseillez de recourir à une main-d'oeuvre étrangère. Est-ce compatible avec l'amélioration des rémunérations du secteur ?
M. G. - Je ne crois pas que les deux problèmes soient liés. De tout temps, la profession a rencontré des difficultés pour recruter des employés de niveau 4 et 5, et elle a dû régulièrement recourir à une main-d'oeuvre étrangère, en Afrique ou en Europe centrale. Je suis persuadé qu'on ne changera pas l'état d'esprit de nombreux jeunes qui ne veulent plus exercer des métiers de service. L'immigration s'impose dès lors comme la seule solution. Il ne faut pas croire qu'en recourant à la main-d'oeuvre étrangère, on tire forcément les salaires vers le bas. La pénurie est réelle. Je rencontre régulièrement des professionnels qui réduisent leur activité en raison du simple fait qu'ils ne parviennent pas à recruter. En revanche, il faut veiller à ce que cette main-d'oeuvre étrangère soit formée et logée. Si on oublie de réunir ces conditions, ces immigrés choisiront d'aller travailler dans un autre secteur.

néo Vous recommandez la mise en place de nouvelles baisses des charges sur les rémunérations. L'augmentation du Smic hôtelier a-t-elle eu un réel impact sur l'emploi ?
M. G. - Il ne faut pas confondre les primes, qui viennent compenser une TVA élevée, et la baisse des charges sociales, qui me paraissent souhaitables dans les secteurs où l'emploi n'est pas délocalisable, comme l'hôtellerie restauration. Je ne sais pas si la hausse du Smic a eu un réel impact sur l'emploi, mais elle a eu un effet positif sur l'image du métier. Aujourd'hui, dans la communication, on peut afficher un certain nombre de points positifs : Smic, prévoyance, 39 heures. L'hôtellerie restauration s'aligne avec les conditions de travail des autres secteurs. Dans cet esprit, le Fafih participe régulièrement aux campagnes de communication, comme celle actuellement orchestrée par Bercy.

néo Quel est l'objectif de cette campagne ?
M. G. - Le Fafih a fourni des images au service communication du ministère des Finances pour réaliser cette campagne qui figure sur un site dédié aux jeunes. Elle est également diffusée sur des radios qui émettent vers ce public (Fun, Skyrock), mais aussi sur des radios destinées aux parents, car il faut également les convaincre. Il faut que notre secteur continue à être accompagné sur des campagnes de communication qui vont de pair avec l'amélioration sociale. Il s'agit enfin de montrer les réussites qu'il peut y avoir dans ces métiers, et surtout, la dynamique qu'ils induisent en matière d'emploi. En parallèle, le Fafih a développé beaucoup d'outils qui facilitent l'accès des salariés à la formation.

néo Vous appelez de vos voeux à la création d'un « guichet unique dédié à la formation professionnelle ». Comment voyez-vous ce "super Fafih" ?
M. G. - Le Fafih est avant tout un outil à la disposition du secteur de l'hôtellerie-restauration. Nous proposons simplement que le Fafih devienne le référent unique du secteur hôtellerie-restauration. L'objectif est de faciliter la communication et l'accès à la formation des salariés et des employeurs. Je rappelle par exemple que les 150 000 employeurs non salariés du secteur échappent à notre compétence. Et il en va de même pour les saisonniers une fois qu'ils sont sortis de l'entreprise.

néo Le gros problème de la formation ne vient-il pas du fait que les petites entreprises négligent cette opportunité ?
M. G. - Je considère qu'il y a aujourd'hui une génération de jeunes professionnels qui prennent conscience de l'importance de l'investissement en formation et de l'amélioration des conditions de travail. Les petites entreprises hésitaient naturellement à se priver d'un salarié pour l'envoyer en formation. Mais il y a eu un tournant en 2004 avec l'amélioration des contributions et la réforme de la formation tout au long de la vie. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Concernant les entreprises de moins de dix salariés, le nombre de formations a progressé de 35% entre 2006 et 2007. Désormais, 10% des employés de ces PME reçoivent une formation chaque année. Les entreprises de moins de dix salariés disposent d'un budget de formation spécifique de l'ordre de 20 M €, qui est désormais largement consommé chaque année. Nous prévoyons même qu'en fin d'année, ce budget sera déficitaire de 3,8 M €.

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