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Les lieux de flux, nouvel eldorado du « bien-manger » ?

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Les lieux de flux, nouvel eldorado du « bien-manger » ?

Burger King en gare de Paris Saint-Lazare (jan. 2014)

© SNCF / Photographe Mathieu Lee Vigneau

Gares, aéroports, aires de services autoroutières... Beaucoup de lieux de flux proposent aujourd'hui des espaces agréables et confortables aux voyageurs. Une montée en gamme qui ne fait pas l'impasse sur l'offre de restauration.

Lorsqu'il arrive à Paris à la gare de Lyon, sous la lumière naturelle de la verrière du hall 2, le voyageur en appétit ne manque pas de choix. Sandwichs à prix contenus de Phileas, pains et viennoiseries du boulanger Paul, salades à emporter et plats traiteur de l'épicerie Dailymonop', café fraîchement moulu de Costa Coffee et, sur une mezzanine de 750 m², l'offre à table de la brasserie Café Premier ou celle de Red d'Hippo... Un éventail très large qui ne doit rien au hasard : « Compte tenu des destinations de la gare de Lyon, nous avons une forte clientèle d'affaires, beaucoup de touristes, mais aussi des familles. On a cherché des réponses adaptées à chaque public », explique Jean-François Camarty, directeur général adjoint d'Elior Concessions. L'opérateur a décroché en 2013 auprès de la SNCF l'exploitation pour dix ans du pôle d'enseignes de restauration logées sur les deux niveaux du hall 2. Le contrat, estimé à 200 millions d'euros, a supposé 6,5 millions d'euros d'investissement de la part du concessionnaire afin d'intégrer les concepts dans un espace entièrement remanié sous sa spectaculaire enveloppe d'acier et de verre.

Des enseignes de centre-ville, pour la plupart, logées dans des espaces lumineux et confortables... Autant dire qu'avec l'extension et la rénovation du hall, l'expérience de restauration dans cette partie de la gare a fait un bond qualitatif. Et le phénomène n'est pas isolé : la SNCF est engagée depuis 2003 dans un vaste programme de modernisation de ses gares qui prévoit entre autres le développement des surfaces commerciales. Fin 2012, 350 gares avaient fait l'objet de travaux, souvent lourds, d'amélioration. Et la SNCF prévoit d'investir 5 milliards d'euros supplémentaires dans la valorisation de son patrimoine immobilier au cours des dix prochaines années. « Il y a un repositionnement de la gare vis-à-vis des publics qui la fréquentent, précise Nicolas Douce, directeur des études d'A2C, la filiale de Gares et Connexions qui gère le parc immobilier commercial de la SNCF. Les gens en gare ne sont plus uniquement des usagers, ce sont aussi des clients ; on doit pouvoir leur proposer des services et des commerces variés et de qualité. »

 

Réinventer la gare

 

Pour satisfaire ces attentes, c'est la gare elle-même qui se réinvente. « Les gares s'ouvrent de plus en plus sur l'extérieur, poursuit Nicolas Douce. Elles deviennent de véritables pôles urbains, des lieux de vie modernes, connectés et confortables, qui sont aussi en phase avec l'évolution des modes de consommation. Aujourd'hui, par exemple, la notion même de point de vente est complètement éclatée : on s'attend à trouver les lieux de consommation sur son itinéraire. » Ces réponses passent par le développement des commerces au plus près des flux de voyageurs. Pour les projets les plus importants, cela aboutit à des espaces hybrides qui combinent possibilités de transport et galerie marchande. Ainsi, les 80 boutiques du centre commercial emblématique de la gare Saint-Lazare (10 000 m² répartis sur trois niveaux) peuvent s'appuyer sur les 450 000 voyageurs qui, chaque jour, transitent par la gare parisienne. C'est dix fois plus qu'un hypermarché en périphérie.

Le potentiel commercial des gares modernisées n'a pas échappé aux enseignes de centre-ville. Elles investissent aujourd'hui ces espaces, se bousculent même pour figurer dans les réponses aux appels d'offres qui leur attribuent leurs points de vente. Et la tendance ne se limite pas au rail. Elle l'a précédé dans les aéroports, se prolonge sur les aires d'autoroutes. Ainsi, le concessionnaire Vinci Autoroutes s'est engagé l'année dernière dans la rénovation des 172 aires de services réparties sur les 4 386 kilomètres d'autoroutes qu'il exploite. À mi-chemin d'un chantier réalisé avec ses partenaires pétroliers, enseignes et ensembliers, il propose déjà aux automobilistes plus de 40 enseignes de restauration différentes. Dans ce décor en pleine recomposition, comment évolue l'offre de restauration ? Qui mange dans les lieux de flux, suivant quelles logiques, et quels sont les concepts les plus adaptés aux attentes des consommateurs ?

 

Un marché de niche

 

Première caractéristique de ce marché : sa taille, relativement modeste. À partir des données de fréquentation de son panel Crest, NPD France estime en effet que le segment des gares, aéroports, stations-service et aires de services autoroutières a concentré en France seulement 2 % des visites en restauration commerciale en 2014. Un marché de niche donc, et qui reste tributaire des flux de voyageurs.

En l'espèce, après un tassement au tournant des années 2010, l'usage des principaux modes de transports dans l'Hexagone donne des signes rassurants malgré la crise. Entre 2013 et 2014, la fréquentation des aéroports pour les vols intérieurs a certes marqué le pas, à Paris (- 2,1 %) comme en province (- 2,3 %), mais elle a été largement compensée par la clientèle des vols internationaux, selon le service des statistiques du Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. De son côté, le rail a connu globalement un recul d'affluence de 1,2 %, mais la fréquentation des TGV, qui représente près de 70 % du trafic voyageurs, reste stable. Enfin, la circulation routière (+ 2,5 %) et les transports en commun d'Île-de-France (+ 2,3 % dans les réseaux RER et RATP) ont affiché un net rebond de leur fréquentation.

 

Bonne tenue du secteur

 

Solides, les flux de voyageurs expliquent la bonne tenue du segment sur la même période : « On constate en effet une certaine dynamique sur ce circuit de restauration commerciale, avec un nombre de visites en hausse de 1 %, et des dépenses qui ont progressé de 2 %, note Maria Bertoch, analyste en charge de la restauration chez NPD France. Plus précisément, on peut souligner la fréquentation des aires de services autoroutières, celles aussi des distributeurs automatiques, qui ne souffrent pas des difficultés économiques, contrairement aux distributeurs implantés dans d'autres lieux. Cela s'explique par les phénomènes de grignotage dans les transports, par le fait également qu'ils sont très utilisés par les voyageurs étrangers dans les lieux de flux, qui contournent ainsi la barrière de la langue pour s'alimenter. De façon plus générale, cette bonne santé du segment montre que l'offre de restauration a su s'adapter aux voyageurs : il y a un renouveau des concepts, qui savent proposer des expériences de restauration rapides et de qualité, et ainsi capter des consommateurs en situation d'attente. »

Une « nouvelle vague » entretenue par le statut particulier des commerces dans ces lieux et par la recomposition en cours du marché. Dans les aéroports comme dans les gares, les enseignes de restauration sont en effet logées sur le domaine public. Avec, à la clé, un statut juridique très spécifique, l'autorisation d'occupation temporaire (voir ci-dessous) : « Pour nous qui commercialisons les espaces dans les gares, c'est un format très intéressant, car il nous garantit le renouvellement de l'offre tous les cinq à sept ans, explique Nicolas Douce. Cela évite les phénomènes de lassitude des voyageurs et une uniformisation excessive de l'offre de restauration. Et puis, c'est une manière de coller au plus près des attentes, d'apporter aux voyageurs les enseignes qui ont le vent en poupe, ou celles à découvrir. »

Maître-mot de cette approche, fondée sur les tendances : la complémentarité des offres. Et son corollaire, la tendance au regroupement des points de vente en pôles d'enseigne. Les ensembliers comme Elior Concessions, leader en France avec 645 points de vente et 165 millions de clients servis par an, Autogrill ou SSP, y répondent par des offres globales. Cette approche intégrée, appuyée sur un portefeuille de marques en propre et d'enseignes sous franchise, structure puissamment le marché, sur rail, sur route et dans les aéroports. Les restaurateurs indépendants n'ont pas disparu de ces lieux de flux, mais dans la plupart des cas leur présence se limite pour le segment ferroviaire aux gares de taille moyenne. Dans les aéroports, ils sont encore plus discrets, les consultations étant elles aussi de plus en plus nombreuses à être organisées autour de pôles d'enseignes. La société SSP a par exemple remporté en avril dernier « l'appel d'offres du siècle », un contrat portant sur l'exploitation, sur neuf ans et pour un volume d'affaires estimé à 700 millions d'euros, de 34 points de restauration répartis sur les trois terminaux de l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, amenant avec elle des marques comme Brioche Dorée, Starbucks, Caviar House, YoSushi, Naked ou encore Maison Pradier.

 

Effet vitrine

 

Pour les enseignes, cette présence au coeur d'espaces qualitatifs est devenue stratégique : « Bien sûr, il y a d'abord un effet vitrine : la visibilité est exceptionnelle, bien supérieure à ce que l'on peut observer, par exemple, dans la zone de chalandise d'un centre-ville. Ce n'est pas un hasard si de nombreuses chaînes et enseignes internationales recherchent une première implantation en France dans un lieu de flux : c'est un vrai accélérateur de notoriété », souligne François Blouin, fondateur et dirigeant du cabinet d'études Food Service Vision. Costa Coffee à la gare de Lyon avec Elior Concessions, Burger King à l'aéroport de Marseille-Provence avec Autogrill, Joe et The Juice prochainement à l'aéroport de Nice avec SSP... La tactique, souvent payante, est devenue un classique et une manière de susciter la curiosité des voyageurs. « Et ce n'est pas qu'une question de visibilité, ajoute-t-il. Pour peu qu'elle soit appréciée et adaptée aux lieux de flux, l'offre de restauration y a toutes les chances d'être rentable, que l'enseigne soit connue ou pas. »

 

Des moments comptés

 

Et les consommateurs dans tout cela ? « Ne nous y trompons pas, ils demandent eux aussi des enseignes de forte notoriété dans les lieux de flux, poursuit François Blouin. Il ne faut pas l'oublier, le quart des voyageurs en train ont moins de 15 minutes de disponibilité entre leur entrée dans la gare et le départ de leur train. Chaque minute compte. S'ils connaissent le concept et savent à quel prix, quelle qualité et quelle vitesse de service s'attendre, la consommation est bien plus facile à déclencher. »

Car même si les lieux de flux se modernisent et gagnent en confort, même si l'offre de restauration y est plus dense et se diversifie, leur fonction première, liée au transport, ne favorise pas forcément la consommation. Spécialiste des mobilités, le cabinet d'études Chronos a réalisé il y a cinq ans pour le compte de divers opérateurs une étude des comportements dans les transports en commun de voyageurs pendulaires et occasionnels entre Paris et le pôle scientifique et économiques du plateau de Saclay (Essonne), à 20 kilomètres de la capitale. Les observations, menées avec une spécialiste des sciences cognitives, précisent les obstacles à la pause alimentaire. « Ce qui rend cette consommation possible, c'est le passage d'un mode de transport à un autre, et, paradoxalement, c'est là que les voyageurs sont les moins disponibles, note la sociologue Julie Rieg, directrice du développement de Chronos. C'est un moment où le cerveau active beaucoup de ressources en même temps : anticiper le prochain transport, se guider dans le lieu de transit, gérer la foule, lire et trier les informations apportées aux voyageurs... » Ce qui change la donne : « Le temps disponible, bien sûr, mais aussi, et surtout, la routine, poursuit-elle. Elle restaure la disponibilité des voyageurs réguliers. Maîtrisant les itinéraires et les reports modaux, ils intègrent plus facilement, et plus régulièrement que les voyageurs occasionnels, la consommation alimentaire dans leur temps de transport. »

Mais quel est alors le profil de ces consommateurs nomades ? Sensiblement différent de celui des autres circuits de la restauration commerciale, d'après le panel Crest de NPD France : « Lorsqu'on observe les visites sur l'année 2014, ce segment présente en effet quelques spécificités, détaille l'analyste Maria Bertoch. Il y a un peu plus de jeunes actifs (25-34 ans) dans la clientèle de la restauration de flux que dans l'ensemble des circuits de la restauration commerciale : 24 %, contre 20 %. Plus d'hommes aussi (56 %, contre 47 %) et beaucoup d'adultes mangeant seuls (37 %, contre 23 %). Les clients issus de catégories socio-professionnelles aisées sont également plus nombreux (35 % de la clientèle contre 30 %). »

 

Segmentation de l'offre

 

De quoi peser dans la balance au moment de choisir les concepts ? Oui, mais pas seulement : « Cela fait partie de notre métier que de savoir identifier les enseignes les plus attractives auprès de nos différentes clientèles, tout en cherchant à construire une offre qui soit complémentaire, rappelle Jean-François Camarty, directeur général adjoint d'Elior Concessions. Nous ne sommes pas des lieux de destination, il faut que chacun puisse trouver chez nous ce dont il a envie, en fonction de son temps disponible et de son budget. » Un mix des enseignes où la segmentation de l'offre s'affirme de plus en plus : « C'est une tendance de plus en plus marquée, mais avec des nuances suivant le type de lieux de flux, ajoute-t-il. Elle est en effet plus marquée dans les aéroports : ce sont des endroits fermés, à l'écart de la ville, où les gens restent plus longtemps que dans les gares ou sur les autoroutes. On peut ainsi aller assez loin dans la segmentation, avec des enseignes monoproduits et haut de gamme, par exemple de la vente de macarons ou un bar à champagne. »

Dans les aéroports, où la restauration assise est plus développée que dans les autres lieux de flux, avec de fortes clientèles d'affaires et de tous pays, l'ensemblier s'apprête à monter encore plus en gamme avec un restaurant gastronomique : le I Love Paris. Imaginé par Guy Martin, le chef étoilé du Grand Véfour, et logé dans le terminal 2E de Roissy, il combine l'offre de la sandwicherie haut de gamme Miyou, lancée à CDG en 2008, un bar à champagne et un restaurant de 70 places assises. « Cette ouverture s'inscrit dans la continuité du concept bistronome Frenchy's Bistro, ouvert en 2013 dans le terminal 2A, en partenariat avec Gilles Épié, le chef du Citrus Étoile, à Paris, observe Olivier Beau, chef de marché Restauration chez Aéroports de Paris. Il y a aujourd'hui une demande significative, notamment de la part des voyageurs internationaux, pour repartir de France sur une note gastronomique. Ce positionnement très qualitatif a su trouver son modèle économique dans les aéroports : il est bien plus facile aujourd'hui de mener à bien ce type de projet qu'il y a deux ans. »

 

Chefs en gare

 

Et dans les gares ? Même constat ou presque. Le sandwich parisien, l'agneau de sept heures ou le Paris-Deauville du Lazare (voir hors-texte page 36), ont vite trouvé leurs adeptes parmi les clients du centre commercial de la gare Saint-Lazare. Une clientèle d'habitués plus que de voyageurs, mais dont l'affluence n'a pas faibli depuis l'ouverture du restaurant, en septembre 2013. Au point de donner des idées à Thierry Marx, dont la Néo-brasserie est attendue à la gare du Nord en 2016, et à Alain Ducasse, qui ouvrira un établissement d'ici à 2018 dans une gare Montparnasse prochainement modernisée. Les chefs en gare, une vraie tendance, révélatrice d'une montée en gamme généralisée de la restauration en lieux de flux.

Car si les enseignes massmarket, burgers et sandwicheries en tête, y sont toujours très présentes, d'autres concepts plus qualitatifs y font leur place. Bert's, Exki, Cojean, Boco... Les enseignes « fast-casual », qui, selon NPD France, ont gagné dans l'Hexagone 15 % de visites entre 2008 et 2013, font leur apparition dans les lieux de flux. Mettant l'accent sur la fraîcheur et la qualité des produits, ces concepts conservent souvent une grande vitesse de service tout en apportant une réponse aux 25 % de voyageurs qui souhaitent une offre de restauration plus qualitative et diversifiée, selon une étude d'A2C menée début 2014. « Ce segment est en pleine effervescence, les enseignes se multiplient, confirme Gérard d'Onofrio, directeur général pour la France et la Belgique de SSP, qui détient Cojean (recettes bio), Naked (salades), Steak n' Shake (burgers premium) ou encore Prêt-à-manger (viennoiseries et sandwichs frais en libre-service). Elles ont ici une vraie carte à jouer en lieux de flux, d'autant que l'on y observe une certaine élasticité du prix, pour les offres perçues comme qualitatives. »

Porteurs également, les coffee-shops en restauration assise, comme Starbucks, plébiscités par les voyageurs, volontiers adeptes du café du matin comme de la pause gourmande de l'après-midi, ainsi que les concepts de bistrots-brasserie, à l'instar du Grand Comptoir, une marque développée en propre par SSP, présente dans cinq gares de province (Bordeaux, Grenoble, Mulhouse, Metz, Reims) et, bientôt, dans trois aéroports (Nantes-Atlantique, Bordeaux-Mérignac, Nice-Côte-d'Azur). « Il n'y a pas vraiment d'enseignes de forte notoriété sur ce créneau des bars-brasseries, ajoute Gérard d'Onofrio. Nous avons donc adapté le concept, avec la possibilité de manger au comptoir ou bien à table, en place assise, et un délai de service compatible avec les impératifs de temps des voyageurs. »

Volume de flux, pointes de caisse, vitesse de service... Les contraintes spécifiques des lieux de flux mettent à rude épreuve les concepts : « L'impératif, c'est l'expérience restauration. Elle doit être la plus proche possible de celle d'une enseigne identique en centre-ville, et c'est là où les choses se compliquent pour nous, car les phénomènes de queue ne sont pas gérables avec les flux dans lesquels nous opérons », poursuit-il. Agrandissement des réserves, plus forte intensité de personnels, cartes simplifiées... Les adaptations existent, sans être toujours suffisantes : « Il y a des concepts pertinents en centre-ville, mais dans les gares, la place est comptée et l'approvisionnement complexe. Je suis convaincu de l'intérêt d'une fabrication sur place pour le client, mais moins par la fabrication sur demande, qui exige des surfaces techniques que nous n'avons pas toujours quand il ne s'agit pas d'une enseigne massmarket », conclut-il. Des contraintes qui, pour l'instant, ne semblent pas freiner l'élargissement et la montée en gamme de l'offre de restauration.

60 % La part des ouvertures d'enseignes de restauration rapide à la française (Paul, La Croissanterie, La Mie Câline...) réalisées depuis 2010 dans les lieux de flux. Source : Food Service Vision

25 % La part de l'activité des services et commerces dans les gares générée par la restauration en 2014 (soit 350 millions d'euros). Source : A2C

25 % Le pourcentage de voyageurs en gare qui disposent de moins de 15 minutes avant le départ de leur train. Source : Food Service Vision

35 % La part du service à table dans l'offre de restauration des Aéroports de Paris. Source : ADP

Éric Fréchon, chef du Lazare (Paris), chef*** de l'Épicure, restaurant de l'hôtel Le Bristol (Paris)« Il y a un potentiel pour les restaurants dans les gares »

J'ai fait Le Lazare un peu égoïstement, pour correspondre à mes envies : selon les moments, je voudrais un simple sandwich ou au contraire un plat plus cuisiné. Mais je suis toujours attentif à la qualité du produit. J'ai voulu construire ce restaurant de cette manière : faire plaisir au client par un lieu où l'on se sente bien, avec une cuisine familiale et authentique, pas du tout tarabiscotée. Notre installation dans la gare Saint-Lazare est un pur hasard. Cela étant, il nous a permis de renouer avec une tradition de la cuisine de gare : sandwich parisien au comptoir, semainier, carte en clin d'oeil au journal qu'on feuillette au bistrot. C'est un bon choix au bout du compte, je suis convaincu qu'il y a un potentiel pour ce type d'établissement dans les gares des grandes agglomérations, où passe une clientèle d'affaires significative. Pour l'essentiel, la fréquentation du Lazare repose sur des habitués. On sert des voyageurs surtout le matin, et finalement peu aux autres moments de la journée. Le bouche-à-oreille nous a permis de trouver rapidement une clientèle de quartier, aussi bien pour des déjeuners d'affaires que le soir, où le Lazare est devenu un lieu pour une clientèle plus privée cette fois. Une fois sur deux, il n'y a pas de place, il faut réserver et ça, ça ne fait pas partie des habitudes des voyageurs.

COMMERCES DANS LES LIEUX DE FLUX : DES STATUTS BIEN PARTICULIERS

Pas de fonds de commerce à acquérir ni de droit d'entrée à payer, des contrats de cinq à dix ans et une redevance calculée pour amortir les investissements durant la période d'exploitation... Les avantages liés à l'implantation de commerces dans les gares et les aéroports sont nombreux. Ils tiennent au statut particulier de ces espaces, situés sur le domaine public et, à ce titre, soumis à autorisation d'occupation temporaire (AOT). L'AOT est encadrée par plusieurs principes : elle est personnelle et ne peut donc être sous-concédée ; elle est à durée déterminée, est en général remise en concurrence à son terme, et révocable, notamment si les termes du contrat ne sont pas respectés. Concrètement, tout point de vente remis en concurrence fait l'objet d'un appel d'offres précisant le type d'activité recherchée. Dans les faits, « même s'il y a bien sûr des exceptions, précise Nicolas Douce, directeur des études d'A2C, filiale de Gares et Connexions, parmi les 400 gares françaises disposant d'un espace de restauration, on retrouve plutôt les indépendants dans les gares de taille moyenne, et les enseignes à forte notoriété dans les grandes ». Sur les aires de services autoroutières, le statut des commerces est très différent, faisant l'objet d'un contrat de sous-concession établi sur des durées de vingt à trente ans. Autre grande nuance, lors du renouvellement des contrats, l'investissement du sous-concessionnaire porte sur le commerce, mais aussi sur la modernisation du bâtiment qui l'abrite.

Olivier Beau, chef de marché Restauration, Aéroports de Paris« Dans les aéroports, il ne faut oublier aucune clientèle »

Même si les terminaux d'aéroports se déploient sur des surfaces importantes, nous disposons d'un nombre limité de points de vente. Il faut donc faire les bons choix. Notre volonté est d'être sur tous les segments et sur tous les formats. Il y a de nombreuses attentes pour des offres très variées, et il ne faut oublier personne. Nous attachons une importance capitale à la qualité de service en restauration : c'est un élément essentiel de l'expérience de voyage et de la perception générale de l'aéroport, au même titre que la qualité et le confort des espaces. Chaque semaine, nous notons d'ailleurs par une « visite-mystère » chacun des 120 points de vente en restauration installés dans les terminaux d'Aéroports de Paris, et chaque année plus de 20 000 enquêtes de satisfaction sont menées auprès des clients des espaces de restauration. À l'usage, ces dispositifs d'évaluation tirent vers le haut la qualité et le service. Mais nous sentons qu'il est possible de mieux répondre encore aux attentes de nos clients. Nous sommes donc entrés au capital d'une société commune, pour laquelle nous avons choisi SSP. Elle porte sur l'exploitation d'une trentaine de points de vente sur quatre terminaux de Paris-Charles-de-Gaulle. C'est un modèle vertueux que nous utilisons sur d'autres types de commerces. Nous en attendons, si les autorités de la concurrence y donnent une suite favorable, une optimisation de la qualité et des performances économiques, une meilleure maîtrise de notre mix d'offres et de la gestion des prix, et une collaboration plus poussée avec les enseignes.

LES HYPERMOBILES, MANGEURS DE DEMAIN ?

31 % des Français seraient des « hypermobiles », selon l'étude Simm-TGI* de Kantar Média, associé à la société Chronos. Ces pionniers de la mobilité de demain se déplacent chaque jour à l'aide de moyens de transports très variés, transports en commun en tête. Jonglant sans cesse avec un agenda à flux tendu, ce sont aussi de fervents adeptes du numérique et des médias. Une figure de l'individu moderne, plutôt jeune, urbain et avec un fort pouvoir d'achat. Leurs pratiques alimentaires, étudiées en 2012, montrent une restructuration radicale du repas. 42 % des hypermobiles mangent souvent sur le pouce ou lors de déplacements. Près de la moitié ont renoncé au format entrée-plat-dessert et ils ne consacrent que 36 minutes en moyenne aux repas, grignotent davantage et mangent plus souvent que le reste des Français. Ils sont 72 % à déclarer apprécier la diversité dans leur assiette ainsi que la nourriture étrangère, 84 % à être adeptes du snacking et des sodas, 50 % cherchant aussi un bénéfice santé dans leur alimentation. * Étude menée deux fois par an sur un panel représentatif de 15 000 personnes de 15 ans et plus.

Hervé Adam, directeur des aires et commerces, Vinci Autoroutes« L'arrêt sur nos aires est devenu un moment choisi »

Les aires de services des autoroutes sont en pleine redéfinition, et donc aussi l'offre de restauration. Avec l'augmentation de l'autonomie des véhicules, on est passé d'un arrêt imposé par le passage à la pompe à un arrêt choisi, c'est un moment de pause dans le parcours. Pour des raisons de sécurité routière, il nous faut donner envie de faire cette pause, donc réorganiser nos aires de services. Cela passe par des aménagements paysagers de qualité, mais aussi par des zones de commerces et des concepts de restauration attractifs. Dans cette transformation, la présence des enseignes de centre-ville est importante. Les McDonald's, Pizza Hut Express, Starbucks Quick ou Subway ont une forte notoriété. Ils donnent tout de suite une idée de la qualité et du prix aux automobilistes et renforcent l'image de la restauration sur les autoroutes. La rénovation ou la construction de nouveaux bâtiments dédiés aux commerces est décisive aussi : nous pouvons y installer des cafétérias ou des food courts sur les aires les plus importantes, ce qui permet aux familles de manger des produits très différents autour de la même table. Dernier élément très apprécié sur nos aires, la promotion des territoires traversés, grâce à des boutiques de produits locaux ou à des restaurants avec spécialités régionales.

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