Interview

Emmanuel Auberger, fondateur d'Uzaje : "Après Neuilly-sur-Marne et Avignon, nous visons l'ouverture de six autres centres de lavage en France"

SABINE DURAND
Emmanuel Auberger, fondateur d'Uzaje :

Emmanuel Auberger, président fondateur d'Uzaje

L’expert des solutions industrielles pour la réutilisation des emballages a inauguré un deuxième centre de lavage à Avignon, quelques semaines seulement après l’annonce d’une levée de fonds de 4 M€. Qui va lui permettre de dérouler une partie de son programme de développement, comme l’explique son président et fondateur, Emmanuel Auberger.

Un an après Neuilly-sur-Marne, vous venez d’ouvrir un centre de lavage à Avignon ? 
Effectivement nous venons d’inaugurer ce centre dans le MIN d’Avignon. Doté d’un tunnel de lavage par aspersion à faible consommation d’eau, d’énergie, de produits lessiviels [un tunnel par immersion pour les bouteilles interviendra dans un deuxième temps, ndlr], il peut laver 35 millions d’unités par an. Ce centre est principalement dédié à la restauration scolaire, puisque nos deux principaux clients locaux sont la cuisine centrale de la ville – nous sommes installés à 50 mètres – et Terres de Cuisine. Notre développement dans cette restauration collective scolaire va plus vite que ce que nous pensions par rapport au 1er janvier 2025… D’abord, parce que les collectivités ont envie de s’engager dans le mouvement, qu’elles choisissent des solutions internalisées ou externalisées. Ensuite parce que de gros acteurs privés commencent à prendre la transition au sérieux ; nous allons d’ailleurs démarrer des expérimentations avec l’un d’entre eux.


Qu’en est-il de votre premier centre, à Neuilly-sur-Marne  ?
Dédié au lavage des contenants de la pause déjeuner, ce centre opère selon trois cas de figures, soit des opérations récurrentes comme ce qu’on fait avec Daily Pic, Rest’Inov etc. ; soit des pilotes industriels, comme chez Class’Croûte, avec la mise en place de la consigne et du lavage (internalisé ou externalisé) dans deux établissements avant un possible déploiement dans les 140 points de vente de l’enseigne ; soit des expérimentations avec un début et une fin.
Nous y travaillons avec les gros acteurs de la restauration rapide. Dans 90 % des cas, ils vont s’équiper d’une plonge ; nous, nous répondrons aux 10 % qui n’en auront pas, soit parce qu’ils n’ont pas la place, soit parce qu’ils élaborent les plats dans une cuisine centrale.
Mais ce centre est loin d’être à pleine capacité ; il fonctionne avec une équipe, il devrait tourner à deux pour être rentable. Il devrait atteindre le point mort au bout de deux ans d’ouverture. Comme celui d'Avignon.
Et le réemploi dans le portage à domicile ?
Nous sommes prêts mais la loi est venue très vite -1er janvier 2022-, les acteurs sont en train de se mettre en place. Nous sommes dans une phase de test et d’expérimentation, à petite échelle. L’objectif consiste à  offrir des solutions d’emballage réemployables pertinentes, lavables, légères aussi pour le livreur, faciles à ouvrir et utiliser pour le consommateur : le verre a des limites de poids, l’inox micro-ondable est très cher… Il y a donc du développement à faire. Nous ne prenons pas part au débat, mais pour nous, l’idéal du réemploi pour le portage à domicile, c’est une barquette thermoplastique thermoscellable réemployable. Il faut que les plasturgistes cherchent : les matériaux ne permettront peut-être pas 50 rotations, mais s’ils en font 3 à 5, c’est déjà une amélioration significative.
Un autre frein au réemploi tient au prix, non ? 
Il faut voir comment répartir la charge avec les pouvoirs publics -ils doivent aider à la transition, y compris en la faisant payer par l’usage unique-, ou alors accepter une certaine inflation. Si l’industrialisation du réemploi coûte au démarrage, elle permet d’être compétitif au bout de 3 à 5 ans, comme nous l’avons démontré par plusieurs études. En fait, les prix du réemployable vont diminuer, quand ceux de l’usage unique vont croître ; il est impossible de dire quand les courbes vont se croiser, mais l’écart est déjà moins important que l’année dernière… Prenons l’exemple de l’inox micro-ondable,  il est hors de prix car il n’y avait pas de marché jusqu’alors – il n’est vendu que par un seul producteur dans le monde – ; si les producteurs français identifient l’opportunité de débouchés, ils en développeront à leur tour.
Voyez-vous un matériau privilégié par le marché ?
Notre métier, c’est d’accompagner nos clients pour faire les bons choix, c’est pour cette raison que nous avons embauché un ingénieur emballage. En fait, tout dépend des contraintes : doit-il être transporté, chauffé etc.  Daily Pic par exemple souhaite des produits pasteurisables pour avoir des DLC longues, il n’y a que le verre possible. Celui-ci est hyper qualitatif, facile à laver,  ne génère pas de substance toxique ; l’inconvénient c’est son poids – même s’il s’est allégé, par exemple dans la gamme So urban d’Arc –, les bris, la casse et son interdiction fréquente dans les établissements, à commencer par le leader McDo. L’acier est très cher, c’est pour cette raison que nous le recommandons assez rarement, mais plus il sera demandé, plus ses prix vont descendre. Et c’est probablement la bonne solution pour le multi-portion. Quant aux plastiques, de multiples possibilités de réemploi existent depuis longtemps. Nous sommes dans plusieurs groupes de travail européens pour développer de nouvelles barquettes ou bols réemployables. Ils peuvent être en polypropylène, un matériau qui n’est pas cher, résiste bien à la chauffe mais est poreux ; on regarde dans quelles conditions rajouter des propriétés à cette barquette PP pour la rendre réemployable. Autre axe de développement, les copolyesters ; ils ne sont pas nouveaux, restent assez chers comme le Tritan ou le San, voire le PET… Ce dernier ne résiste pas à la chaleur, donc ne peut pas être lavé. Le réemployable demain passera probablement par un mix de tout ça.
Vous avez opéré une levée de fonds de 4 M€ en janvier, vous a-t-elle servi pour Avignon ?
Non, ce centre de lavage était déjà financé ; son investissement s’élève à 1 M€, pour partie pour la construction du site et les lignes de lavage, pour l’autre pour le ramp-up, c’est à dire la phase d’amorçage industriel puisque comme je vous l’ai expliqué précédemment, le centre n’est pas à saturation avant des mois, et il faut quand même financer son fonctionnement. C’est lourd, mais plus on avance, plus on est convaincu de la pertinence de ce modèle de mutualisation. A Avignon, le centre est situé à 50 mètres de la cuisine centrale de la ville, dans le MIN, c’est pertinent de nous implanter dans le nœud logistique de l’alimentation du territoire. 

A quoi allez-vous alors employer la levée de fonds ?
Pour faire deux choses, d’abord renforcer nos équipes pour permettre de développer l’entreprise -nous sommes sur une base de 35 personnes ETP et voudrions recruter une dizaine de personnes à relativement court terme-  puis financer d’autres centres… Pas l’ensemble des 8 que nous avons prévus à l’horizon 2023, mais les 3 premiers, pour conforter le modèle avant de dérouler l’infrastructure qui devrait permettre de traiter annuellement 300 M d’unités (pour un CA de 40 M€ d’ici à 5 ans). Nous organiserons donc probablement un autre appel de fonds. 
Où voudriez-vous implanter les nouveaux centres ?
Nous avons des priorités dans le Grand Est, en Alsace, (surtout pour les bouteilles), une très forte demande dans l’Ouest, d’une part sur un triangle Nantes Angers Rennes, d’autre part sur un axe Bordeaux Toulouse, mais aussi sur Lyon/Rhône Alpes ou autour de Lille. Nous avons deux logiques différentes : pour la restauration (soit 90 % de l’activité d’Uzaje à date), nous avons moins besoin de centres importants que proches, car nous sommes  en flux tendu ; pour l’industrie agroalimentaire (10 %, car nous sommes au démarrage), il faut au contraire être en capacité de gérer des volumes énormes.
Pour accompagner votre développement, avez-vous des problèmes de recrutement ?
Les pressions sur le recrutement poussent aux solutions mutualisées comme la nôtre. On a recruté plus de 20 personnes en 2021, ça s’est plutôt bien passé… Il faut dire qu’il y a une attractivité de la société à impact.
Quel a été l'impact de la Covid ?
Elle nous a ralenti dans notre développement avec le coup de frein de la pause déjeuner ; elle a fragilisé certains acteurs, qui ont donc moins de ressources… Et en même temps, elle est un moment de prise de conscience généralisée sur le caractère crucial de ces questions d’emballage.
Propos recueillis en février 2022
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