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Fabien Marret, président de MonBento et Nicolas Piffeteau, directeur France de BarePack : « un système de réemploi facile à adopter par les restaurateurs »

SABINE DURAND
Fabien Marret, président de MonBento et Nicolas Piffeteau, directeur France de BarePack : « un système de réemploi facile à adopter par les restaurateurs »

Le premier est un fabricant et une marque française de lunchboxs, le second, une start-up française qui a développé un réseau pilote de réemploi dans 150 restaurants à Singapour avant de s'implanter en France en janvier 2021 ; les deux ont noué un partenariat pour doper l’écosystème du réemploi en restauration sur le territoire national, comme l’expliquent à Néo Fabien Marret, président et co-fondateur de Monbento et Nicolas Piffeteau, directeur France de BarePack.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler ensemble ?

Fabien Marret : En tant que fabricant et marque, nous avons besoin de travailler avec des partenaires qui ont déjà une expérience. BarePack nous semblait la plus avancée mondialement, avec un système opérationnel à une échelle intéressante de 150 restaurants impliqués, à Singapour.
Nicolas Piffeteau : En arrivant en France, on cherchait un partenaire légitime pour parler de réemploi et un contenant de qualité pour ajouter à l’expérience de livraison, de vente à emporter, de restauration chez soi. Ancré localement à Clermont-Ferrand, MonBento est reconnu pour ses contenants design, made in France. Ensemble, on a construit un modèle super-complémentaire... Fabien fabrique des contenants et les vend en direct aux restaurateurs. Et quand ceux-ci ont envie d’entrer dans une boucle de réemploi, ils passent par nous. 
Fabien Marret : Nous exerçons des métiers différents mais qui se rejoignent sur un objectif commun. Si BarePack est né de cet objectif, pour nous, c’est un axe d’innovation, que nous développons en parallèle de notre business classique. Mais le fait d’être une marque qui a plusieurs millions d'utilisateurs au quotidien aide dans le combat et l’adoption du réemploi. La prochaine étape, ce sont les entreprises, qui à travers leurs employés, doivent franchir un cap. La RSE passe aussi par leur capacité à permettre à leurs salariés de déjeuner responsable et de rayonner à travers le système Barepack dans leur vie personnelle.
 

Comment fonctionne votre système de réemploi ? 

Fabien Marret  : Vous avez deux portes d’entrée -soit vous arrivez par BarePack, soit vous arrivez par MonBento- mais la même typologie d’offre.
Nicolas Piffeteau : L’idée consiste à développer pour les restaurateurs un système de réemploi très simple, facile à tester et à adopter. Le modèle de base est gratuit et sans engagement pour eux. On leur met à disposition un stock de contenants MonBento réutilisables, ça leur permet de réaliser des économies sur les coûts d’emballages jetables, qui sont en moyenne de 20 à 50 centimes par repas. C’est symbolique mais ça aligne les intérêts : on va tous dans la même direction. Et pour leur donner de la visibilité, on les intègre ensuite dans l’appli BarePack. Ce sont les utilisateurs qui paient un abonnement de 2€/mois pour y accéder et bénéficier du service. Ou, depuis peu, les entreprises qui peuvent rejoindre ce service zéro déchet  à raison de 25€ par an et par employé.

C’est le consommateur qui paye alors que ce coût était jusqu'alors transparent pour lui ? 

Fabien Marret : Effectivement, le coût de l’emballage n’est pas valorisé aujourd’hui, mais il le sera demain ; le restaurateur va le faire payer, au même titre que le supermarché vous vend ses sacs. En attendant, le coût d’abonnement peut être très vite amorti par le client s’il consomme en hors domicile 3 à 4 fois par mois ; en plus, on le voit bien, le consommateur a conscience de la nécessité d’en finir avec le jetable. 
Nicolas Piffeteau : Les consommateurs ont un sentiment de culpabilité : environ 80 % des Français estiment que la réduction des déchets est une priorité. Notre système est accessible sur la livraison, là où ce sentiment de culpabilité est le plus fort. 
Pour aller plus loin et doper le réemploi, nous développons en novembre 2021 un deuxième modèle de pay for use, gratuit cette fois pour les consommateurs, très adapté aux cuisines centrales et aux systèmes de frigos libre-service. Les restaurateurs paient eux une commission d’utilisation, de l’ordre de quelques centimes (soit l’équivalent de ce qu’ils versaient pour la vaisselle jetable), pour rendre le réemploi accessible aux consommateurs. C’est la meilleure carte de fidélité dont ils peuvent rêver. 
De leur côté, les consommateurs n’ont qu’à scanner le qr-code du restaurant avec l’appli, pour emporter leur salade, par exemple, dans un contenant réutilisable gracieux… Sauf s’il ne rapporte pas ce contenant dans les 15 jours : comme on a son empreinte bancaire, on pourra le facturer. 
Fabien Marret : Au restaurateur de faire le choix entre l’un ou l’autre des modèles. On reboucle aussi avec les entreprises, qui ont un rôle crucial dans l’adoption de cette démarche par leurs employés. D'autant que cantines et enseignes de la restauration commerciale peuvent interopérer avec le système BarePack.

Qu'entendez-vous par interopérer ?

Fabien Marret : Un employé peut déjeuner à la cantine 2 à 3 fois par semaine, emporter et ramener des contenants à cette cantine, se faire livrer dans un autre restaurant… Les contenants circulent à la fois dans la SRC, au restaurant etc. Pour l’utilisateur, c’est simple d’utilisation, transparent ; il doit pouvoir remporter son contenant au bureau ou sur un point de collecte qui fait partie du réseau.

Ca signifie que moi, restaurateur, je paie les contenants et que lui, le consommateur, peut les laisser chez quelqu’un d’autre ?

Nicolas Piffeteau : Oui, mais les contenants sont trackés, les restaurateurs sont même plutôt intéressés par le trafic que cela peut générer : tant mieux si des clients entrent chez eux pour leur rapporter des contenants… Ils finiront à terme par consommer. Cette notion de réseau est très forte, et, en termes de volume, ça s’équilibre bien, il y a autant de contenants qui sortent et qui rentrent.
 

Quelle est la contrainte liée à votre système de réemploi pour les restaurateurs ?

Nicolas Piffeteau : La seule contrainte, c’est de stocker quelques boîtes chez eux pour qu’elles soient disponibles pour le consommateur. Et sur l’offre gratuite, on leur demande de laver les contenants que les consommateurs rapportent… Ça n’est pas un problème, car le volume est relativement faible. Si celui-ci augmente vraiment beaucoup, et que ça devient un frein pour le restaurateur, on peut mettre en place une boucle logistique pour le lavage. On ne cherche pas à développer cette logistique supplémentaire, car elle n’a pas forcément de sens sur le plan écologique. 
Fabien Marret : La règle, c’est quand même de limiter au maximum le transport, le lavage. Il faut être smart à ce sujet. Ça n’est pas la peine d’aller externaliser le lavage dans une usine alors que 95 % des restaurateurs lavent eux-mêmes.
Nicolas Piffeteau : même les dark kitchen ont de la plonge. Les seuls qui ne lavent pas, ce sont des corner shops, mais comme ils sont livrés par les cuisines centrales, c’est avec ces dernières que nous pouvons mettre en place une boucle logistique de lavage. 

Vous parliez du tracking des contenants, comment s’opère-t-il ?

Nicolas Piffeteau : C’est un système simple et sécurisé, qui passe par l’appli et des QR-codes uniques à chaque établissement. C’est très léger opérationnellement pour les restaurants, puisque c’est l’utilisateur qui a l’interface.

Où en êtes vous de votre réseau ?

Nicolas Piffeteau : C’est un modèle qui monte, 300 restaurants utilisent BarePack, et un millier d’utilisateurs sont actifs sur l’appli. On se fait connaître d’eux par les canaux organiques, par les restaurants, mais aussi par Deliveroo, qui joue le le jeu et met en avant les restaurants partenaires.

En France, ce système est déployé uniquement à Paris ?

Nicolas Piffeteau : Pour l’instant oui. On va le lancer à Lyon et Clermont Ferrand dans les prochaines semaines. Plusieurs restaurants sont intéressés, il faut juste qu’on en ait suffisamment… 
Fabien Marret: Ce sont des écosystèmes locaux à mettre en place pour créer un effet boule de neige. On est tous concernés par cette démarche. Ca vous paraîtrait impossible de revenir à du sac jetable en grande surface, pourtant ce n’est pas si vieux que ça. Le réemploi demande beaucoup d’efforts et de changement chez les restaurateurs. On est là pour essayer de faciliter ça, d’alimenter la discussion. Il n’y a pas de frein idéologique, la question c’est comment on le met en place de la manière la plus souple, simple, rapide possible. Les entreprises sont là aussi pour pousser la démarche. On discute avec certaines qui ont des masses salariales importantes et peuvent donc faire bouger les choses. 
 

Le système de réemploi BarePack existe à Singapour et en France, qu’est ce qui diffère dans les deux pays ? 

Nicolas Piffeteau : En France, le côté réglementaire est plus propice à un déploiement rapide de solutions à grande échelle, c’est pour cette raison que nous avons lancé une campagne de financement participatif sur Sowefund pour récolter 500 000€ d’ici à la fin de l’année. Cette somme nous permettra d’accélérer le modèle, de recruter pour convaincre les restaurants, d’acheter plus de contenants à MonBento et de fluidifier l’expérience sur le plan technologique… Aujourd’hui, en 2 clics on se fait livrer son repas, il faudrait qu’en 3 clics on se le fasse livrer en contenant réemployable.
Fabien Marret : il faudrait que ce soit intégré.

C’est vous qui êtes propriétaire du stock ? 

Nicolas Piffeteau : Oui, on est une forme de Velib du réemploi : on achète des boîtes qu’on met en circulation et qu’on opère. Les utilisateurs s’abonnent et peuvent utiliser le service en illimité. Ils peuvent prendre autant de contenants réemployables qu’ils le veulent : la seule limite, c’est d’en ramener un quand on en a 5 chez soi pour que ça circule...
Fabien Marret : Et pour que ça circule, il faut aussi rendre les contenants réemployables les plus durables. Nous passons ainsi sur du Tritan, recyclable à l’infini… 

Mais plus cher aussi ?

Nicolas Piffeteau : Certes, mais on est prêts à payer plus cher pour trouver les contenants qui tiennent dans la durée. 
Fabien Marret : Ca n’est pas la course à celui qui vend le plus mais à celui qui rend ses contenants et donc l’écosystème les plus pérennes. 
Propos recueillis le 22 octobre 2021
 
 
 
 

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