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Etude : La coopérative agricole, entre image d’Epinal et économie de marché

ENCARNA BRAVO

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Etude : La coopérative agricole, entre image d’Epinal et économie de marché

Xerfi vient de publier une étude sous le titre :« Les nouveaux défis des coopératives agricoles - Perspectives de croissance à l’horizon 2023,  leviers de développement et évolutions du jeu concurrentiel ». Auteur de l’étude : Matteo Neri

 

L’activité des coopératives agricoles de l’Hexagone a résisté en 2020 avec, bien sûr, de fortes disparités selon les débouchés et les profils. Si les grandes coopératives positionnées sur les produits conventionnels ont profité de l’envolée des ventes alimentaires en GMS, d’autres (les plus petites entre autres) ont été durement affectées par la chute de l’activité en restauration hors foyer et par la fermeture des magasins ruraux. Et les perspectives s’annoncent plutôt moroses pour la coopération agricole. Le chiffre d’affaires du périmètre coopératif (SCA et leurs filiales de droit privé) va certes gonfler de 5 milliards d’euros en 2021 à la faveur de l’acquisition du géant céréalier Soufflet par Union In Vivo, portant ainsi le chiffre d’affaires de la coopération à 90 milliards d’euros à la fin de l’année. Mais l’activité des seules SCA devrait, elle, céder 0,5% par an d’ici 2023, selon les prévisions des experts de Xerfi Precepta. La faute à la faible hausse des cours des matières premières agricoles, au renforcement des pressions déflationnistes des industriels et des distributeurs, au durcissement de la concurrence lié à la séparation de la vente et du conseil de produits phytosanitaires depuis le 1er janvier (loi Egalim) ou encore à une baisse des volumes disponibles.

Place de marché, dissociation des entités vente et prestations de conseil ou expertise-conseil en agroécologie

Avec la disposition de la loi Egalim interdisant les remises et ristournes sur les phytosanitaires et prévoyant la séparation des activités de vente et de conseil, les coopératives ont trois options stratégiques pour se conformer à la nouvelle législation d’ici fin 2021. La première consiste à délaisser le conseil pour se concentrer sur la vente. Ce choix de se positionner comme une place de marché suppose d’être très compétitifs sur le coût des intrants et donc de réaliser des volumes importants et de préserver un rôle de fournisseur privilégié de ses agriculteurs adhérents. Une autre possibilité revient à dissocier, opérationnellement et juridiquement, les entités vente et prestations de conseil, tout en conservant un lien capitalistique compatible avec les exigences réglementaires. Ce modèle d’intégrateur de prestations séparées nécessite d’exceller dans les deux activités puisque la transparence tarifaire est totale. Enfin, adopter le modèle de l’expert-conseil en agroécologie (ou de bureau d’études en agronomie), fondé à 100%sur les services, en abandonnant la vente pour se focaliser sur la vente reste très hypothétique.  

L'activité vente prend le pas sur le conseil

En réalité, à l’exception notable de Limagrain, la plupart des coopératives ont déjà choisi la vente, plus rentable que le conseil et donc de nature à favoriser l’équilibre des comptes des SCA. Cette disposition va toutefois avoir de sérieuses répercussions sur la filière, de l’avis des experts de Xerfi Precepta. D’abord, parce qu’elle va aboutir à une réduction des intrants puisque la mesure veut éviter les préconisations superflues engendrées par des liens d’intérêt évidents. Ensuite, la transparence tarifaire induite par la loi va alimenter la concurrence sur la fourniture d’intrants. Les agriculteurs pourront en effet comparer les offres de leur coopérative avec celles d’autres places de marché (pure players ou industriels de l’agrochimie). Déjà, les fabricants BASF Corteva et Bayer ont choisi de développer des sites marchands et des applications numériques pour les agriculteurs.

La course à la taille critique

Création de valeur, gains de compétitivité mais aussi préservation du modèle coopératif et accès aux financements constituent les grands enjeux de la filière. Pour contourner l’obstacle des difficultés de financement inhérentes à leur modèle, les coopératives recourent aux émissions obligataires et aux placements privés. Elles créent également des sociétés holding pour s’ouvrir aux capitaux extérieurs ou cèdent des actifs pour financer le recentrage ou le développement de leur activité. Cette course à la taille critique, d’actualité pour la plupart d’entre elles, s’est soldée par une évolution d’un modèle polyvalent  à un modèle multispécialisé ou spécialisé mais aussi par de nombreux regroupements entre coopératives. La taille moyenne des groupes coopératifs n’a ainsi cessé de progresser. Les dix premiers généraient ensemble un chiffre d’affaires de 40 milliards d’euros en 2019, plus du double de celui de 2002.

Ce phénomène de consolidation a entraîné une redistribution des cartes dans le classement du top 5 des coopératives agricoles. Après la cession de Neovia au groupe privé ADM en 2019, le leader InVivo s’est retrouvé à la deuxième place. Grâce à une politique de croissance externe menée tambour battant, Agrial s’est en revanche hissé à la première marche du podium. Pour faire des économies d’échelle, dégager des synergies et renforcer leur pouvoir de marché, les coopératives des filières animales ont procédé à des fusions-acquisitions. C’est notamment le cas de Cooperl Arc Atlantique.

Et le jeu concurrentiel risque encore d’évoluer, en particulier dans la filière céréales. Suite au rachat des activités malt du géant américain Cargill Axéréal est désormais le premier malteur mondial. Le prochain rapprochement entre InVivo et le groupe familial Soufflet constituera par ailleurs une opération sans précédent et hissera le nouvel ensemble au rang de deuxième coopérative européenne derrière l’Allemand BayWa. Il illustre également la stratégie des grandes coopératives qui vise à diversifier leurs activités et à atteindre la taille critique sur chacun de leurs pôles.

Auteur de l’étude : Matteo Neri (février 2021)

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