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Pour Méleyne Rabot, DG France de Just Eat, "Nous tiendrons notre objectif de 4500 livreurs salariés d'ici la fin de l'année"

YANNICK NODIN
Pour Méleyne Rabot, DG France de Just Eat,

Avec d'ores et déjà plus de 2000 livreurs embauchés en CDI, et un objectif de 67 villes opérées par ses livreurs salariés d'ici fin 2021, Just Eat France, 16 000 partenaires restaurateurs dans l'Hexagone, est en train de tenir les premières étapes de son pivot vers le modèle salarial. Le point sur la transformation de l'activité plateforme de Just Eat France avec Méleyne Rabot, sa directrice générale.

Just Eat France a marqué les esprits en début d’année, avec la mise en place du salariat pour ses livreurs, partout où les volumes de commandes le permettent. Où en êtes-vous dans ce changement de modèle ?

A côté de notre positionnement historique de marketplace, nous avons développé ces dernières années une activité de plateforme, opérée par Stuart, sur un modèle voisin des autres opérateurs du marché. Nous avons beaucoup été sollicités suite à l’annonce du passage au salariat. Il y a une forme de convergence entre ce que nous sommes en train de mettre en place, les attentes de nos partenaires restaurateurs, qui salarient eux-mêmes leurs équipes, celles des consommateurs, sensibles au confort de la restauration livrée, mais aussi aux conditions de travail de ceux qui assurent ce service, et naturellement celles des livreurs, qui chaque jour prennent des risques sur leur vélo, sans la protection qu’apporte le statut salarié. Nous avions un objectif de 4500 recrutements d’ici fin 2021, nous le tiendrons. A mi-parcours, nous avons embauché plus de 2000 livreurs en CDI, dont 700 sur Paris, où 1000 restaurants supplémentaires nous ont rejoints depuis 6 mois. Le salariat est déployé dans dix villes* à date, sachant qu’il est d’ores et déjà entré en phase opérationnelle dans d’autres agglomérations, et que nous le mettrons en place durant l’été dans 40 villes supplémentaires en région parisienne. Nous devrions boucler l’année avec 67 villes opérées par nos livreurs salariés.
(* à Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Lille, Strasbourg, Nantes, Rennes, Roubaix et Clermont-Ferrand)

La reprise d’activité en restauration est marquée par des difficultés supplémentaires pour recruter ses équipes. Qu’en est-il sur le delivery ?

Pour l’heure, nous tenons nos objectifs, et déployons le salariat dans les villes et suivant le calendrier que nous nous sommes fixés. Il y a dans les contrats que nous proposons des notions de service, de respect des plannings, de condition physique aussi, qui font que tout le monde ne peut exercer ce métier. Mais nous n’avons pas rencontré de difficultés particulières à attirer nos livreurs salariés, à qui nous apportons une facilité d’accès à ce qui est souvent un premier emploi. 75% des contrats proposés par notre filiale de livraison concernent des salariés de moins de 26 ans. Nous sommes à ce titre engagés dans le dispositif gouvernemental « 1 jeune 1 solution », coordonné par Thibaut Guilluy, Haut-commissaire à l’Emploi, qui permet d’apporter des contrats sur des durées hebdomadaires de  10h à 35h à des populations qui, à l’instar des étudiants, connaissent de grandes difficultés dans la crise actuelle pour trouver un travail s’insérant dans leur emploi du temps. Fin 2021, 3000 jeunes seront embauchés via ce dispositif sur tout le territoire. Nous contribuons à notre échelle à aider cette population, auprès de laquelle le choix de salarier nos livreurs nous apporte d’ailleurs une visibilité supplémentaire, en tant qu’employeur, et en tant que plateforme.

Quid justement du potentiel de déploiement de ce modèle salarial, dans un marché qui a pris des parts ces 15 derniers mois, tout en restant, sur les volumes, principalement opéré via des livreurs indépendants ?

La réponse n’est pas simple, au sens où effectivement, nous sommes sur le marché français dans la position du challenger, avec de la part de nos concurrents des dépenses marketing massives, et une politique d’incentives très agressive. Financer à perte de l’acquisition-client, ce n’est pas forcément notre modèle, pas plus que d'ouvrir notre service dans une ville de 3000 habitants pour le couper derrière parce que les volumes ne sont pas au rendez-vous. Nous cherchons plutôt, s’agissant de notre activité plateforme, à concentrer notre couverture sur des zones où les volumes permettent de déployer notre modèle salarial, avec toujours dans l’idée d’initier un développement pérenne. La crise sanitaire a accéléré la maturité des consommateurs par rapport à l’offre de restauration chez-soi, et nous permet d’ores et déjà d’anticiper le déploiement de notre service assuré par des livreurs salariés dans 67 villes d’ici la fin de l’année. Maintenant, au-delà de notre position de marché et des termes de la concurrence, il faut aussi souligner que le marché hexagonal reste très libéral par rapport à ses voisins espagnols et italiens, mais aussi hollandais et même anglais, où le statut des livreurs est en train de prendre la direction du salariat. En France, le statut de l’auto-entrepreneur est particulièrement défendu, et celui du salarié reste encore difficilement adaptable aux métiers de la livraison unitaire. Un exemple : les commandes restent concentrées sur des pics horaires, quand en termes de gestion de plannings, il n’est pas possible en tant qu’employeur de planifier un livreur salarié sur une heure d’activité. Derrière, il nous faut sur-staffer pour répondre à toutes les commandes, payer logiquement les heures planifiées, avec un impact qui n’est pas neutre sur les marges, et que ne subissent pas nos concurrents. Mécaniquement, cela impacte aussi le potentiel de déploiement de ce modèle salarial.

A moins que Takeaway Pay, tout juste lancé en France à destination des entreprises, ne permette, par des flux de commandes supplémentaires, d’étendre cette couverture ?

Les entreprises sont effectivement attentives aux critères RSE, et sensibles, comme peuvent l’être nos partenaires de la restauration commerciale, au fait que nos livreurs soient nos salariés. Takeaway Pay n’est pas un service de livraison BtoB, mais une solution de paiement dédiée aux entreprises et initialement développée par la société israélienne 10bis, acquise il y a trois ans par Takeaway.com. Cela fonctionne très bien sur d’autres marchés, où les titres-restaurant sont peu répandus, les entreprises en appréciant particulièrement le fait que les allocations non utilisées par les salariés ne leur soient pas facturées. On est sur des usages très proches d'une cantine dématérialisée. En France, la situation est différente, aussi bien en raison de la diffusion des titres-restaurants que des positions prises par les majors en restauration d’entreprise. Nous l’avons au départ imaginée comme une solution complémentaire à l’existant, en allocation de crédits supplémentaires pour des salariés travaillant sur site durant des phases de confinement, en incentive, comme pour des webinaires, ou des hôtels cherchant à proposer des solutions de restauration nouvelles. Mais chaque marché a sa logique, et ses besoins spécifiques, que nous découvrons en même temps que la solution rencontre ses utilisateurs potentiels. Dans le contexte actuel, le marché du repas en entreprise est en train de s’ouvrir, et de s’hybrider, parce que le travail lui-même se transforme. Dans le service de restauration, il y a un avantage pour ceux qui ont la capacité d'être à la fois proches des entreprises et du lieu de résidence de leurs salariés. Takeaway Pay peut nous aider à accompagner partout nos clients, y compris dans leur vie professionnelle, dans les 2500 communes françaises où nous sommes présents.
Propos recueillis en juin 2021 par Yannick Nodin

 

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