La FEB délivre des CQP en boulangerie dans les prisons

SABINE DURAND
La FEB délivre des CQP en boulangerie dans les prisons

Les détenus ont besoin d’un projet professionnel pour réussir leur sortie et la boulangerie manque de main d'œuvre pour fonctionner. En formant les premiers à la seconde, avec en ligne de mire des CQP -certificats de qualification professionnelle- validés par la FEB, fédération des entreprises de boulangerie, S.A.S Formation fait coup double… Une initiative engagée et porteuse de sens qui a démarré par un pilote à Douai avant d’essaimer dans d’autres centres pénitentiaires du Nord de la France et au-delà. 

Pour éviter qu’un détenu récidive, le plan Prison de 2018 a imaginé des structures qui l’aident à préparer sa sortie et le suivent après. C’est dans ce cadre que s’intègre l’initiative de Saint-André Solidarité Formation, un organisme de formation et d’accompagnement des publics très éloignés de l’emploi. Quand en 2018, un appel à projet a été lancé pour implanter des boulangeries dans les maisons d’arrêt, « nous avons trouvé l’initiative intéressante mais proposé d’en faire plutôt un chantier d’insertion par l’activité économique », explique son directeur Laurent Duriez. Ou comment former et rendre employables des détenus avec un métier de bouche « d’autant plus valorisant qu’ils produisent les baguettes qui vont être mangées par les autres détenus ». Un premier pilote a été mis en œuvre en mai 2021 dans la prison de Douai et la FEB, Fédération des Entreprises de Boulangerie, a été sollicitée pour valider cette formation par des CQP. Une expérience enrichissante pour toutes les parties prenantes que nous racontent pour S.A.S Formation Laurent Duriez, pour la FEB son délégué général, Paul Boivin, sa responsable Communication et RSE, Aurélie Girard et l'un de ses membres, ambassadeur et juré des CQP, Enzo Fassone (avec Joseph Camus, ndlR).
Comment les choses s’organisent-elles à Douai ?
Laurent Duriez : Notre objectif consiste à mettre les personnes en situation de travail ; nous avons donc implanté une vraie boulangerie dans la prison, avec un four à sole 8 bouches, un investissement lourd pris en charge pour partie par les pouvoirs publics (ministères du Travail, de la Justice, DISP), pour l’autre sur nos fonds propres. Nous sommes accompagnés par Lesaffre (pour la levure mais pas que, ndlR), Sasa (pour les bacs) et par une minoterie locale (les Moulins du Nord). Tous les matins, les 600 baguettes qui vont être consommées par les occupants de la prison sont produites par un groupe de 5 à 7 détenus, qui purgent une peine de 18 à 36 mois. Nous signons avec eux un contrat de deux ans maximum, ce qui les mène jusqu’à la sortie avec les possibles remises de peine.
Enzo Fassone : Ensuite, avec Joseph Camus, nous sommes mandatés par la FEB pour valider -ou non- leurs compétences par un CQP ouvrier qualifié de fabrication en boulangerie.
Laurent Duriez : Ce n’est pas un CQP au rabais, le détenu peut ne pas l'obtenir. Si c'est le cas, nous cherchons à comprendre pourquoi et à continuer de le former en corrigeant les erreurs qu’il a commises précédemment.
L’expérience de Douai est un pilote. Est-elle positive ? 
Laurent Duriez  : Oui à plusieurs titres. D’abord les détenus sont passés du pain de mie industriel à une baguette faite par d’autres détenus, ça a été une révolution ! Ensuite, c’est valorisant pour ceux que nous formons : nous utilisons une partie de leur temps passé en prison à leur réinsertion autour d’un métier de bouche qui parle à tous. Certains nous disent y trouver un espace de liberté. Ils sont rémunérés, et peuvent ainsi cantiner. Nous continuons de travailler avec eux une fois qu’ils sont sortis.
Paul Boivin : Le pain est un produit symbolique ; dans ce milieu carcéral, il redonne du sens, de la dignité. Les détenus voient le fruit de leur travail et font plaisir aux autres avec de bons et beaux produits.
Laurent Duriez : Nos formateurs prennent énormément de plaisir à les accompagner.
Enzo Fassone : Nous aussi. Vous ne soupçonnez pas le bonheur que ça nous donne. Ca nous enrichit l'âme.
Paul Boivin : Ce dispositif est très bien perçu par nos adhérents comme par les organisations professionnelles (FGA-CFDT, FGTA-FO, CFTC-CSFV, CFE-CGC Agro) qui ont même co-signé avec nous un communiqué de presse cet été sur le sujet. Il faut dire qu'il s'inscrit dans un axe sociétal concret.
Le détenu détenteur d’un CQP est employable à sa sortie de prison. A quel poste ?
Laurent Duriez : Comme assistant boulanger, pas boulanger, car il ne fera pas le même travail qu’un CAP. Nous cherchons pour les employer des boulangeries plutôt hors de la zone dont viennent ces détenus -les replonger dans leur milieu favorise la récidive, ndlr- : en novembre, un employeur de la Réunion en embauche deux. Il envisage de leur payer le billet d’avion, de nous aider à trouver un logement.
Quel message à destination de ceux qui pourraient les embaucher ?
Paul Boivin : C'est un public sélectionné, volontaire, qualifié... et jugé par des professionnels.
Enzo Fassone : Ce sont des personnes motivées -elles ont quand même effectué une année de formation-, employables.
Laurent Duriez : Nous ne proposons que les personnes dont nous pensons qu’elles conviennent ; je conseille malgré tout de faire un essai, de leur donner du temps, de l’attention pour s’assurer d’être en confiance et de trouver les bons codes de communication. D’être très clair dans les attentes, et de leur dire la vérité : ce sont des salariés comme les autres.
Enzo Fassone : Et pour une entreprise, c’est bien de travailler sur l’insertion.
Ce type de dispositif va-t-il s’étendre ?
Paul Boivin : D’autres prisons sont extrêmement intéressées... Le dispositif est en train de faire des petits.
Laurent Duriez : A partir du 1er octobre, nous allons fournir du pain aux prisons d’Arras et de Valenciennes, soit une production de 1200 baguettes/j. Après Douai, et Châteaudun en juillet 2022, nous allons créer une nouvelle boulangerie dans la maison d’arrêt de Poitiers -nous y chercherons là aussi une minoterie locale- et nous nous sommes associés au concessionnaire de sites sensibles GEPSA pour implanter des structures au sein de 6 à 7 prisons sur la quarantaine qu’il gère. Les contraintes sont liées à l’espace nécessaire et au modèle économique : c’est difficile de rentabiliser l’opération en dessous de 600 baguettes/j.
La FEB est engagée dans cette initiative, mais plus globalement dans les CQP. Pourquoi ?
Enzo Fassone : Le CQP est un moyen rapide et efficace de former des personnes immédiatement employables. 95 % de ceux qui l'ont obtenu ont une proposition d'embauche, c'est formidable. Ca l'est encore plus en prison...
Aurélie Girard : C'est un dispositif qui a fait ses preuves. Nous proposons 3 CQP depuis 2005, celui de préparateur-vendeur, de responsable de magasin et d'ouvrier qualifié de fabrication en BVP. Ils permettent de recruter des détenus, des demandeurs d’emploi -une centaine a été formée l'an dernier- mais ils permettent aussi de fidéliser les salariés de la branche, puisqu’ils reconnaissent et favorisent la montée en compétences en interne.
Ces CQP sont donc une partie de la réponse aux difficultés de recrutement/fidélisation dans la BVP  ?
Paul Boivin : Effectivement, nous comptons des milliers de postes manquants. Depuis un an, le marché du travail s’est brutalement retourné. De recruteur, nous sommes devenus candidats. Nous devons séduire, par les salaires, les conditions de travail… Parmi d'autres leviers, certains de nos adhérents expérimentent la semaine de 4 jours, nous verrons leur retour d'expérience.
Aurélie Girard : Nous manquons en boutiques de vendeurs, de boulangers, de pâtissiers, et dans les sites de production, de conducteurs de ligne, d’agents, de techniciens de maintenance, de boulangers et de pâtissiers.
Paul Boivin : L’attractivité des cadres est également un sujet même si on en parle peu, car on a tendance -logiquement- à protéger ceux qui ont les salaires les plus bas. Notre branche de la BVP essaie d’être la plus proactive possible pour conserver un écart tenable avec le SMIC. Il ne faudrait pas que les cadres soient oubliés et deviennent les parents pauvres de la filière.
Propos recueillis entre fin juillet pour la FEB et septembre 2022 pour S.A.S Formation.

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