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Le Geco avant/après la crise - Entre satisfaction de la réouverture et inquiétudes sur la REP, les DDM, les prix etc. par Frédérique Lehoux, dg

SABINE DURAND

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Le Geco avant/après la crise - Entre satisfaction de la réouverture et inquiétudes sur la REP, les DDM, les prix etc. par Frédérique Lehoux, dg

Le redémarrage de l’amont est en cours, facilité par l’appétit des consommateurs, un peu moins par les incertitudes économiques et la pression réglementaire, comme l’explique Frédérique Lehoux, directrice générale du Geco...

Les terrasses ont rouvert il y a 3 semaines, comment voyez-vous cette période ?

Le redémarrage est progressif et nos adhérents ne pensent pas retrouver le niveau de 2019 avant 2022, voire le second semestre 2022. C’est une phase d’incertitude, avec beaucoup de points positifs mais aussi de points de vigilance.

Parlons déjà des points positifs, quels sont-ils ?

Les consommateurs sont au rendez-vous, heureux de cette réouverture : les derniers mois leur ont permis de mesurer leur attachement à la restauration. Les réservations progressent, la saison estivale devrait être plutôt bonne.
La restauration hors domicile a gagné de nouveaux territoires grâce aux modes de distribution comme le VAE, la livraison ; elle s’est invitée à domicile. L’hybridation s’est accélérée : on trouve de tout, partout. On ne peut plus raisonner par sous-segment, en silo.
La crise de la Covid a mis nos marchés en coma économique, mais elle a boosté les germes d’un dynamisme qui était là avant… Les planètes sont plutôt bien alignées et les fournisseurs satisfaits du redémarrage. La question qui se pose est celle de l’effectivité de ce redémarrage en profondeur et dans la durée.

Le dialogue entre maillons de la chaîne, condition sine qua non d'une bonne reprise

Pour l’accompagner, nous devons privilégier le dialogue entre tous les maillons de la chaîne, car il est important de trouver ensemble les bonnes solutions face aux points de fragilité de la chaîne logistique. De ne pas se créer de freins entre nous, ce qui nous fragiliserait tous. Nous avons à ce propos rédigé un courrier commun avec la CGI, le SNARR, le SNRC, le SNRTC et Restau’Co, adressé à tous nos adhérents. Chacun de nous y a pris l’engagement d’être dans la négociation, la compréhension des difficultés de l’autre et donc d’adapter ses exigences aux particularités du moment : par exemple, accepter une référence similaire si la référence exacte n’est pas disponible. Ce dialogue nous devons également l’avoir avec les pouvoirs publics (une copie du courrier a été envoyé aux cabinets ministériels concernés, Agriculture et Bercy) pour être intégrés notamment dans la dégressivité du débranchement des aides, contrairement à ce qu’il s’était passé l’an dernier pour leur mise en œuvre. L’amont en avait été exclu jusqu’en octobre 2020 et son intégration au sein des listes S1 et S1bis, c’était ubuesque. En fait, nous avons pâti d’une approche globale de l’industrie agro-alimentaire, qui intègre les fournisseurs de la GMS et ceux de la RHD. Prendre la moyenne des deux occulte la situation de ceux dédiés à une restauration commerciale à l’arrêt, à une restauration collective dégradée. Cette fois-ci, rendez-vous est pris à la fin de l’été avec les pouvoirs publics pour discuter de ce débranchement progressif. 

Vous parliez de points de vigilance, quels sont-ils ?

Tout le monde fait preuve d’infiniment de prudence, car la production est une équation à 100% d’inconnues. Avant la Covid, la logistique était une merveilleuse mécanique, huilée… Aujourd’hui, la difficulté, c’est de remonter tout en puissance en même temps alors qu’il n’y a pas de visibilité. La restauration d’après-crise ne sera pas le copié-collé de celle d’hier ; le puzzle est en train de se reconstruire, on ne sait pas encore comment. Ca complique l’opérationnel : nos adhérents se demandent quelle est leur road to market ? Comment adresser leurs cibles ? Comment emmener leurs clients vers d’autres segments quand ils sont en restauration à table ? Nous devons leur apporter un maximum d’informations et d’outils de pilotage. 

Rappeler à tous qu'un produit avec une DDM dépassée reste un bon produit

Les premières tensions concernent les DDM (date de durée minimale) pour énormément de catégories de produits, des gâteaux secs aux boissons. Certains fournisseurs ne réussissent pas à écouler leurs stocks en raison de DDM proche ou dépassée et sont obligés de les détruire, faute de débouchés. Pourtant, même avec une DMM dépassée, un produit peut, sur le plan réglementaire, être vendu et consommé et, sur le plan organoleptique, il reste bon. C’est là que la réalité du dialogue prend tout son sens. Nous devons refaire de la pédagogie sur ce sujet pour éviter un énorme gâchis. Nous avons interpellé la DGCCRF pour qu’elle en fasse elle aussi.

Souci de coût et de disponibilité des matières premières

Le deuxième point de vigilance tient aux fortes tensions sur les approvisionnements. En termes de coût -+ 31 % en alimentaire sur un an ; entre + 8 et + 88 % sur les différentes matières premières emballages- en termes de disponibilité également. Concernant les canettes et certaines matières plastiques, certains de nos adhérents ne sont pas sûrs de pouvoir passer l’été avec les stocks dont ils disposent. A ce problème de matières premières vient s’ajouter un besoin de vigilance vis-à-vis de la filière logistique, de la disponibilité des outils de transport, et de la tension liée au recrutement. Tout cela pourrait affecter les capacités de production du secteur sur l’ensemble de l’année 2021 et ébranler le rebond des activités industrielles en sortie de crise.

Et sur le plan réglementaire ?

A ces incertitudes conjoncturelles viennent effectivement s’ajouter les nouvelles injonctions réglementaires. En matière d’emballage, le désengagement du plastique est techniquement très compliqué. Il nécessite de changer les lignes de production, donc d’investir lourdement. Pour cela, il faut de la visibilité sur l’avenir de l’activité, mais aussi sur celui de la matière utilisée : parfois une matière qui était considérée comme pertinente ne l’est plus deux ans plus tard.

Le stress de la REP Restauration, premier étage de la fusée de la REP DEIC

Ensuite il y a un gros stress lié à la REP Restauration, puisque les professionnels devront financièrement contribuer à la gestion des déchets des emballages qu’ils ont consommés ou utilisés, que ce soit en alimentaire ou en non alimentaire, en back ou en front office. Celle-ci devait être mise en place au 1er janvier 2021, elle semble devoir être décalée au 1er janvier 2023. Pour déterminer une éco-contribution, encore faut-il savoir sur quelle réalité elle doit porter. Un comité de suivi a donc été mis en œuvre par l’Ademe pour dresser une photographie de l’existant, très complexe à réaliser : quelle est la nature, le format de ces déchets ? Comment sont-ils collectés, triés, traités actuellement ? Par qui ? Pour quels coûts ? Autant vous dire que les situations sont très diverses selon les zones, urbaines ou rurales, selon la taille des acteurs, les marchés (restaurations collectives ou commerciales), les matériaux, les produits, etc… Il faut identifier ensuite ce qu’il faut financer demain pour la collecte, le tri et la valorisation de ces déchets, sachant que certains restaurateurs mettent leurs déchets dans les poubelles du SPGD, que d’autres sont dans un système de reverse logistique, notamment sur les boissons, ou font appel à des acteurs privés pour la collecte de leur déchets, leur tri et leur valorisation. Pour permettre au ministère de la Transition Écologique d’établir un cahier des charges pour trouver l’éco-organisme correspondant, cet état des lieux des déchets de la restauration devrait être terminé la deuxième quinzaine de septembre. C’est rapide. Les marchés du hors domicile sont tellement hétérogènes, que si on va trop vite, on ne disposera pas des données de base pour construire un système cohérent et réellement adapté à la réalité. Il faudrait plus de temps pour pouvoir collecter de la donnée auprès des professionnels de la restauration, qui sont totalement mobilisés par la reprise. Le timing est mauvais. Par ailleurs, cette REP Restauration est considérée comme la première étape d’une REP plus globale dite DEIC (déchets emballages industriels et commerciaux) qui doit se mettre en place en 2025. Donc potentiellement une éco-contribution supplémentaire à celle créée par la REP Restauration. La question c’est : qu’est ce tout ça ça va coûter aux professionnels metteurs en marché des denrées alimentaires et non alimentaires ? Pourront-ils répercuter cette éco-contribution sur leur aval, les grossistes distributeurs et cash and carry ? Ceux-là pourront-ils répercuter aux opérateurs de la restauration et aux commerces de bouche etc ? Pour quel impact sur ces derniers ? Entendons-nous, tous ces objectifs environnementaux majeurs ne doivent pas être remis en cause, mais ils se télescopent avec une situation économique très dure, elle-même porteuse d’incertitudes, c’est la temporalité qui nous inquiète.

La convention Grossiste est bonne, pourquoi la remettre en cause ?

Comme nous inquiète aussi la proposition de loi du député Grégory Besson-Moreau pour rééquilibrer les relations entre agriculteurs et distributeurs en matière agro-alimentaire, qui vise à exclure des négociations commerciales sur les produits alimentaires les matières premières agricoles. Nous avons été stupéfaits de découvrir que la RHD entrait dans le périmètre de cette proposition de loi, alors que nous avons un régime qui fonctionne bien depuis 2015, la convention Grossiste. Cette convention n’a jamais été critiquée ni remise en cause, pas même par le monde agricole : elle ne crée pas de destruction de valeur, pas de tensions, la loi EgAlim en a même fait le régime de droit commun ! L’intention de cette PPL est louable -c’est vrai qu’il y a un problème de rémunération des agriculteurs- mais le modèle inadapté à notre univers. Un grossiste devra pour chacun des produits sortir le prix des matières premières -prenez le cas d’une salade niçoise, c’est juste ingérable !- et  renégocier avec ses clients, en excluant pour chacune des références, la part des matières agricoles dans les tarifs… tout ça alors qu’il n’y a pas de problème aujourd’hui ! 
 
Il faudrait déjà que la commande publique soit responsable et investisse dans la matière première agricole -quelle place lui laisse-t-elle quand elle accepte de payer un repas 1,40€ ?- ; alors que ce nouveau système n’y sera pas applicable. Nous souhaitons donc que le régime de la Convention Grossiste soit maintenu. A défaut, les relations commerciales dans le secteur hors domicile vont devenir extrêmement compliquées : nous n’avons pas besoin de cela en ce moment. Depuis 2020, on est à terre. Il ne faut surtout pas enrayer la reprise mais au contraire laisser se poursuivre la dynamique de montée en gamme, et travailler sur la question de la commande publique responsable. 

Eviter de cumuler les difficultés

Ce n’est pas le moment de nous mettre cette pression. Nous devrions au contraire souffler pour assurer un travail de pédagogie auprès des convives, pour qu’ils comprennent ce qu’il y a dans leur assiette, pour mettre la lumière sur la réalité : il ne peut pas y avoir que des produits bruts et de saison. En tout cas, sur tous ces sujets, le GECO Food Service est fortement mobilisé, pour expliquer les spécificités liées à nos marchés, porter une défense collective de nos entreprises fournisseurs en rappelant que les opérateurs de restauration ont besoin des produits issus de nos entreprises pour fournir plus de 10 milliards de prestations hors domicile en 2019. En France, nous avons la chance d’avoir une restauration et une filière d’approvisionnement de qualité : il faut les préserver, surtout si on veut être résilient face aux changements climatiques, et assurer une souveraineté alimentaire aussi en hors domicile !
 
Propos recueillis le 11 juin 2021
 
 
 

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