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2010, année de la reconstruction syndicale ?

FLORENT BEURDELEY
2010, année de la reconstruction  syndicale ?

Claude Daumas

© DR

Au même titre que 2003 avait vu la naissance du Synhorcat, issu de la fusion entre le SNRLH(1), la SFH(2) et l'Upac(3), 2010 pourrait voir l'émergence d'une structure propre à représenter la profession dans toute sa diversité. En tenant compte du nouveau paysage et des nouvelles spécificités offertes par la baisse du taux de TVA...


L'histoire syndicale est faite de cycles, qui, immuables, régissent et règlent les rapports de force entre les différents acteurs du milieu. Les plus anciens ont peut-être encore à l'esprit le congrès de Grenoble, qui, en 1970, vit l'éviction manu militari de Julien François, président de la Fnih (Fédération nationale de l'industrie hôtelière), l'ancêtre de l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie). À l'époque, trois « conspirateurs », dont Jacques Lépicier, René Gaillot, de Blois (41) et Georges Simon, de Versailles (78), décidèrent de déposer le président des restaurateurs. Depuis, le paysage syndical s'est structuré. Aux syndicats locaux et spécialisés, tels que le Syndicat des cafetiers de la rue Saint-Sabin, ont succédé des organismes puissants et représentatifs d'une profession aux multiples visages.

Des mouvements de révolte ont aussi parfois secoué le landerneau syndical. On peut citer les états généraux du tourisme à Sévrier (74), qui vit la création de la Fagiht (Fédération autonome générale de l'industrie hôtelière touristique) par Jacques Jond, en 1968. La Fnih, devenue Umih en 2001, a vu défiler des présidents à la personnalité toujours affirmée : Alphonse Roustan, Jean Blat, Jacques Thé, André Daguin sont autant de figures emblématiques, qui, chacun à leur manière, ont représenté le secteur devant l'opinion et auprès des pouvoirs publics. Alors, où en est-on à l'heure où des « querelles d'état-major » secouent l'Umih, ce « colosse aux pieds d'argile », comme aime à le rappeler André Daguin, président par intérim de l'Umih (lire l'interview p. 12) ? Va-t-on assister à une profonde redistribution des cartes ou à de simples ajustements ? Qui seront les acteurs forts de demain ?

Le paysage syndical patronal du CHR fait pâle figure alors que des décisions importantes sont en train de se prendre. Désertion dans les rangs du Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers, traiteurs) au profit du SNRTC (Syndicat national de la restauration thématique et commerciale), bataille des chefs à l'Umih qui pourrait conduire à l'implosion du syndicat de la rue d'Anjou, élections d'un nouveau président à la Fagiht après le décès de Jacques Jond... Des paramètres qui réorganisent de fond en comble le rapport entre les organisations patronales. Conséquence de ces grandes manoeuvres : la profession est déstabilisée et décrédibilisée aux yeux des pouvoirs publics et des clients.

LE SNRTC GONFLE SES RANGS

Principal problème, qui prend tout son sens avec la baisse du taux de TVA : la diversité des entreprises de la profession. Claude Daumas, président par intérim de la Fagiht, explique : « Notre profession est composée d'entreprises très différentes. Quand des chaînes aussi importantes qu'Accor traitent de la même convention collective que le petit café de campagne, il est difficile d'unir la représentativité, au vu de la différence des enjeux. Par exemple, les hôtels-bureau ne sont pas concernés par la baisse de la TVA. Mais ils sont néanmoins inscrits dans le volet social du contrat d'avenir. Il est donc compliqué de fédérer tout le monde. »

La Fagiht, qui regroupe essentiellement des hôteliers saisonniers indépendants, ne connaît pas ce genre de problème dans ses rangs, à l'instar de la CPIH (Confédération des professionnels indépendants de l'hôtellerie), présidée par Jean-François Girault : « Nous ne regroupons que des indépendants. C'est plus facile à gérer que dans des centrales patronales qui fédèrent de grands groupes et des indépendants. Nos adhérents ont mis leur argent dans leurs entreprises, essentiellement de petites affaires avec moins de 20 salariés. »

Pour André Daguin, le changement à venir est évident. L'Umih est bien placée pour se retrouver au centre de toutes les batailles : « Je pense qu'il va y avoir une reconstruction. J'imagine dans les mois à venir la naissance d'une sorte de GNC de la restauration (groupement national des chaînes), tant les chaînes sont aptes à se mobiliser dès qu'il le faut, comme elles l'ont fait sur la baisse des prix. » Et ce GNC de la restauration pourrait bien s'appeler SNRTC !

Du côté de la montée en puissance des chaînes, décembre aura été un mois décisif pour un autre acteur, jusque-là cantonné au rôle de spectateur : le SNRTC. Désormais Syndicat national de la restauration thématique et commerciale (de chaînes auparavant), l'organisation présidée par Philippe Labbé (Courtepaille) prend un nouvel envol, profitant du désordre qui secoue le paysage syndical patronal du secteur. En deux semaines, le SNRTC a vu arriver le Groupe Frères Blanc, anciennement Synhorcat, le groupe Flo (et ses 283 établissements), lui aussi anciennement Synhorcat, et le groupe Bertrand, qui représente 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel. Trois mastodontes du secteur qui viennent donc gonfler l'effectif du syndicat de la rue La Trémoille (Paris 8e), représentant désormais un peu plus de 1 300 restaurants, 30 000 salariés et un volume d'affaires hors-taxes cumulé de 2 milliards d'euros.

DES VALEURS DE « MODERNITÉ »

À côté des chaînes, deux indépendants, chefs d'entreprise, Hervé Dijols au Malakoff, et Thierry Bégué au Chai 33, affirment leur attachement aux valeurs de « modernité » dont se réclame le SNRTC. Philippe Labbé ne cache pas sa joie d'être au coeur de cette refondation. « Avec l'arrivée de tous ces nouveaux acteurs, on peut vraiment dire que la première pierre de l'édification du nouveau SNRTC est posée. Aujourd'hui, nous estimons avoir la capacité de réfléchir ensemble, de faire des propositions ensemble, que nous servions des pizzas ou que nous fassions de la haute gastronomie. » Acteur majeur de cette reconstruction syndicale souvent évoquée, Philippe Labbé préfère parler de « modernisation du secteur ». « Je trouve le terme reconstruction excessif. Inévitablement, 2010 sera une année charnière. L'Umih et le Synhorcat devront repenser leur façon de gouverner, pour l'inscrire dans cette démarche de modernisation. Il faut que nous ayons un mode de fonctionnement totalement transparent. Nous devons aussi être réactifs et utiliser au mieux les moyens de communication actuels. »

« SUPPRIMER LES BARONNIES »

Au coeur des débats, le Synhorcat. Didier Chenet, son président, n'exclut pas un changement de fond dans la structuration des organisations patronales. « Le paysage syndical, professionnel ou interprofessionnel, est agité de mouvements probablement déclenchés par la baisse de TVA. La recomposition viendra du fait que la vision stratégique à plus ou moins long terme des entreprises diffère selon que l'entreprise est patrimoniale ou gérée par des fonds de pension. Qui dit entreprise détenue par des fonds de pension dit stratégie à court terme, sur trois ans maximum. Ce n'est pas une critique, mais un simple état de fait. Certaines chaînes détenues par des fonds de pension représentent beaucoup d'établissements, soit 5% du paysage. 95% des entreprises qui composent le secteur sont des TPE (très petites entreprises). » Une situation qui, si elle n'est pas nouvelle, prend une autre dimension. Évidemment, le syndicat de la rue Gramont (Paris 2e) souhaiterait jouer les premiers rôles : « Nous sommes ouverts à toute réflexion, nous ne pratiquons aucun ostracisme. Encore faut-il avoir des interlocuteurs en face de nous. Certains syndicats souffrent de leur mode de fonctionnement. Dans une confédération, les décisions sont plus difficiles à prendre, puisqu'il faut que les fédérations soient d'accord. Lorsque la concentration du pouvoir est plus forte, comme c'est le cas au Synhorcat, les décisions se prennent plus facilement. Toute la question est là. Il faut supprimer les baronnies. Quant à la démarche du SNRTC, je la trouve curieuse. Ils se plaignaient qu'il y avait trop de syndicats, et ils en créent un nouveau. »

2010 sera une année charnière. La donne risque de changer, et au-delà des rapports de force, ce sont surtout les modes de pensée, voire de gouvernance, qui seront remis en question. On voit difficilement comment une nouvelle structure pourrait se créer et prendre de l'importance, tant les acteurs sont déjà nombreux. En revanche, il est tout à fait envisageable, à travers les jeux d'alliance et d'union, que de nouvelles forces apparaissent. Reste à déterminer qui en sera le guide !

(1) Syndicat national des restaurateurs limonadiers et hoteliers.
(2) Syndicat français de l'hôtellerie.
(3) Union professionnelle des artisans cuisniers.

La profession est déstabilisée et décrédibilisée aux yeux des pouvoirs publics et des clients.

Au-delà des rapports de force, les modes de pensée, voire de gouvernance, seront remis en question.

« Il est difficile d'unir la représentativité. » Claude Daumas, président par intérim de la Fagiht

« Nos adhérents ont mis leur argent dans leurs entreprises. »Jean-François Girault, président de la CPIH

« La première pierre de l'édification du nouveau SNRTC est posée. » Philippe Labbé, président du SNRTC

« Certains syndicats souffrent aujourd'hui de leur mode de fonctionnement. » Didier Chenet, président du Synhorcat

Les scénarios possibles

1 L'émergence d'un « GNC de la restauration », qui regrouperait les chaînes, selon André Daguin, président par intérim de l'Umih. 2 Une fusion Umih-Synhorcat. Bien que peu probable, elle avait été sérieusement envisagée il y a deux ans, puis écartée. Elle donnerait naissance à une formation véritablement représentative. 3 L'arrivée du SNRTC en tant qu'organisation syndicale majeure, ayant une voix à faire entendre lors des mixtes paritaires. Peut-être au détriment d'un autre syndicat !

LES DATES À RETENIR

Novembre 2009 « Putsch de Nantes » : la présidence de Christine Pujol à la tête de l'Umih est remise en question. Décembre 2009 Le groupe Flo et le Groupe Frères Blanc quittent le Synhorcat pour rejoindre le SNRTC. Février 2010 Le tribunal de grande instance de Paris rendra son verdict dans l'affaire opposant Christine Pujol à André Daguin. Mars 2010 Élection anticipée du président de l'Umih.

André Daguin, président par intérim de l'Umih

« Qu'elle perde ou qu'elle gagne, la présidente devra partir »

André Daguin, qui assumera pendant trois mois le rôle de président de l'Umih par intérim, revient sur ce que certains ont appelé « les folles journées de Nantes ». Et sur l'avenir de l'Umih.

Néo - Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ?
A. D. -
Le feu couvait depuis septembre, date à laquelle le conseil d'administration avait déjà mis Christine Pujol en minorité. Le conseil de surveillance, que je présidais, est un organe dormant, qui ne se réveille que sur les questions d'élections, de patrimoine ou de statut. Nous avons constaté, lors de ce conseil d'administration, que les présidents de branche, qui composent le directoire de l'Umih, démissionnaient les uns après les autres, contribuant à isoler Christine Pujol. Le directoire reniait la présidente, et sa vice-présidente en faisait autant. Francis Attrazic et Jean Biron, au conseil de surveillance, ont reçu des demandes pour que se tienne une assemblée générale extraordinaire pour faire le point sur la situation, et ce, avant le congrès de Nantes.

Néo - Certains ont affirmé que vous étiez passé « en force ». Qu'en est-il réellement ?
A. D. -
Nous avons respecté les procédures. La présidente, informée de la volonté de tenue d'AGE, n'avait pas dit non, laissant toutefois un flou artistique autour de la date. À force de repousser l'échéance, nous sommes arrivés au congrès sans avoir pu tenir cette AGE. C'est pourquoi nous avons profité du congrès pour la tenir, sans toutefois imaginer qu'un service d'ordre nous empêcherait de monter sur scène. Nous avons donc réquisitionné une salle et nous avons tenu notre AGE, lors de laquelle un vote à bulletins secrets a été organisé, et auquel 62 départements ont participé. 94,7% des voix demandaient le départ de la présidente.

Néo - Dès lors, que peut-il se passer ?
A. D. -
La présidente est bloquée. Le directoire ne peut plus travailler. Elle m'a attaqué en justice. Si elle perd, elle est dehors. Si elle gagne, elle devra aussi s'en aller, puisque le personnel de l'Umih a déclaré qu'il se mettrait en grève si elle revenait. Par ailleurs, la présidente a fait courir des bruits comme quoi nous aurions « acheté » une partie du personnel. Une directrice de l'Umih, par exemple, aurait, selon Christine Pujol, bénéficié de « subventions » pour faire repeindre son appartement. C'est du roman-feuilleton. Maintenant, nous allons organiser des élections, dont le résultat sera connu le 15 mars.

Interview croisée

Ils ont tous les deux choisi de quitter le Synhorcat pour rejoindre le SNRTC. Rencontre avec deux directeurs généraux. Jean-Michel Texier Président du directoire du Groupe Frères Blanc* * Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 125 M d'euros en 2008 et emploie 1 800 salariés. Dominique Giraudier Directeur général du groupe Flo Néo

- Pourquoi avez-vous rejoint le SNRTC ?
J.-M. T. -
Dès mon arrivée dans le Groupe Frères Blanc en 2008, j'ai voulu faire adhérer les 13 restaurants de l'enseigne Chez Clément au SNRTC. J'ai connu ce syndicat chez Pizza Pino. Nous partagions les mêmes valeurs. Très vite, les grandes réflexions nationales sur le Contrat d'avenir et la baisse de la TVA sont intervenues. Même non signataire, le SNRTC a été très actif. En décembre dernier, j'ai donc rassemblé, les brasseries du groupe (Le Procope, Au pied de cochon, la Maison du Danemark... ). D. G. - J'ai souhaité marquer un désaccord avec les syndicats patronaux, qui n'ont pas pris conscience des priorités du secteur, et qui ne se sont pas donné tous les moyens pour mobiliser leurs adhérents face aux enjeux du contrat d'avenir. L'image de la restauration se détériore de plus en plus. Nous voulions nous démarquer de ceux qui n'ont pas fait d'efforts, notamment sur les prix. Et les querelles intestines dans des syndicats plus préoccupés par des questions d'état-major n'arrangent pas les choses.

Néo - Qu'attendez-vous de ce syndicat ?
J.-M. T. -
Au sein du SNRTC, les adhérents ont joué le jeu sur la baisse des prix. La restauration commerciale à table fait partie de la culture de la France et du paysage culinaire national. Aujourd'hui, c'est un syndicat suffisamment représentatif, et comme l'a rappelé son président, notre souhait est de faire partie de la table des négociations à venir. D. G. - Nous souhaitons gérer nos dossiers dans une démarche professionnelle avec le SNRTC, qui a parfaitement pris en compte la structure de nos métiers. Ce n'est pas parce qu'on est plus gros que l'on n'a pas conscience que beaucoup sont petits. La moitié de nos restaurants sont des franchises. Un syndicat doit faire comprendre à chacun les enjeux du métier, à long terme.

Néo - Comment voyez-vous l'évolution du paysage syndical ?
J.-M. T. -
Le sujet n'est pas d'opposer les uns aux autres, mais bien de travailler tous ensemble à la modernisation de la profession. Une profession qui est en train de bouger et dont l'image a été sérieusement écornée ces derniers mois. Il existe de véritables enjeux. C'est un challenge pour nous d'avancer. D. G. - Il va y avoir une véritable scission, qui va s'amplifier, entre les syndicats qui jouent le jeu et les autres. Il y a les syndicats qui communiquent, et ceux qui agissent.

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